Entretien avec Mark Weistra

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Entretien avec Mark Weistra (Réalisateur)

Comment vous est venue l’idée du film ?
Je suis tombé amoureux de la magie du cinéma lorsque j’avais 11 ans. Dès lors, mon rêve a été de réaliser mon propre film, un film qui transporterait les spectateurs dans un autre monde, qui leur ferait ressentir les émotions que j’aimerais qu’ils ressentent et qui transmettrait ma vision de la vie. Mais ça a été très dur d’obtenir le financement de mes projets. J’ai également été propriétaire d’un vidéo-club pendant des années que j’ai réussi à vendre avant que Netflix ou VOD les anéantissent. Je m’étais fait la promesse d’utiliser cet argent pour le financement de mon propre long-métrage. Je connaissais des gens du métier qui étaient prêts à m’aider gratuitement, seulement pour leur passion du cinéma. Je savais que ça serait un film d’horreur, mon genre de prédilection. Un film sur une jeune femme, interprétée par Terence, une actrice que je connaissais et adorais. Il se déroulerait dans le bar de mon beau-père, un endroit sensationnel pour un film claustrophobe. Le choix de l’antagoniste, le méchant était le dernier aspect à envisager. Un antagoniste puissant est essentiel dans le cinéma d’épouvante mais c’est très difficile de trouver une idée originale. Et puis, un jour, je suis tombé sur une conférence sur la religion sur YouTube réalisée par Christopher Hitchens dans laquelle il parlait de Dieu, en particulier de l’Ancien Testament, comme un monstre égoïste. Et c’est à ce moment-là que je savais qui serait mon antagoniste original. J’avais ainsi tous les éléments pour écrire, produire et réaliser mon premier long-métrage.

Est-ce facile ou compliqué de réaliser un film d’horreur aux Pays-Bas ? Comment réagit le public ?
La réaction du public a été vraiment merveilleuse. Mais cela a été très dur de réaliser un film en hollandais dont le thème central relève du fantastique pour un pays calviniste comme les Pays-Bas qui a du mal à accepter tout ce qui n’est pas réaliste (à l’exception des comédies). J’enseigne également le cinéma et je fais souvent la remarque suivante aux étudiants hollandais : « Imaginez, par exemple, Star Wars en Hollandais. Luuk ik ben je vader! » (Traduction de : « Luke, je suis ton père »). Et tout le monde se met à rire et pas seulement parce que je suis un piètre acteur. C’est aussi dû à notre héritage protestant et à notre nature calviniste. J’ai dû également utiliser plein d’astuces que j’ai apprises auprès d’autres réalisateurs pour apprendre à faire avec pour que cela fonctionne.

L’une des ces astuces consistait à démarrer le film de manière réaliste comme un genre de thriller et changer petit à petit le ton pour passer à un registre plus expressif et surréaliste. Il semblerait que cela fonctionne bien pour la plupart des gens. Mais il y a encore des Hollandais qui n’aiment pas la dernière partie du film (la partie fantastique) et qui décrochent. Pas à cause d’une mauvaise qualité mais parce qu’ils n’arrivent pas à rentrer dedans à cause de leur héritage calviniste.

Dans le film, nous pensons au début que l’interlocuteur est un harceleur et puis nous nous rendons compte qu’il s’agit en fait d’un être surnaturel. Qu’est-ce qui vous a poussé vers cette approche plutôt que vers un tueur en série ?
Le choix de cette révélation et de cet antagoniste est ce qui rend le film plus personnel. C’est le thème. C’est, je l’espère, l’élément qui en fait plus qu’un film qui provoque seulement des « Bouh! »aux bons moments. Il s’agit de ma vision, mes peurs et mon expérience de vie (et de mort) ainsi que l’idée éventuelle de l’existence de Dieu. C’est mon nihilisme (doctrine fondée sur la négation de toutes valeurs ou croyances) et ma solitude. Et j’aurais perdu tout ça si j’avais choisi un être humain comme antagoniste.

Le film a une fin ouverte ?
La fin a été la partie la plus complexe à écrire. Je voulais quelque chose qui n’apporterait pas toutes les réponses mais je voulais également une fin qui ne soit pas frustrante. Une fin qui amènerait à la réflexion et qui découlerait de votre propre explication. Pour moi, la fin est que la mort, l’immense obscurité sans fin, ne peut pas être vaincue et qu’elle sera toujours là, prête à tous nous engloutir.

Qui sont vos principales influences cinématographiques ?
J’en ai trop pour pouvoir toutes les citer ! Juste pour en citer quelques-unes : Hitchcock, Melville, Kubrick, Spielberg, Polanski, Wilder, Scorsese, Raimi, Demme, Leone, Romero et Carpenter. Mais Guiseppe Colizzi est également un réalisateur qui m’a énormément influencé. Il a réalisé le premier film que j’ai vu au cinéma avec mon père, Maintenant, on l’appelle Plata, avec Bud Spencer et Terence Hill.

En tant que fan de films d’horreur, quels sont pour vous les films à voir absolument ?
J’en aime également beaucoup, Shining, The Thing, etc., j’en profite pour citer des titres de thrillers ou de films d’horreur moins connus qui font aussi partie de mes préférés : Les révoltés de l’an 2000, Perfect Blue (film d’animation), Next of Kin (Australie, 1982), Deux sœurs, Réincarnations, Possession, Les Frissons de l’angoisse et Donnie Darko.

De nombreux fans de films d’horreur croient au surnaturel, croyez-vous aux fantômes ou aux esprits ?
Je ne crois en rien qui implique une simple croyance. J’ai besoin de preuves. Et aucune de ces choses n’a été prouvée. J’aurai toujours un esprit ouvert mais comme Carl Sagan a dit : « Des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires. ». En ce qui me concerne, mes plus grosses peurs sont la mort, les maladies mentales, la maladie, la souffrance, l’inhumanité et la violence qui est en chacun de nous ; ce genre de choses.

Qu’est-ce que ça signifie pour vous que votre film Un cri dans la nuit touche un large public lors de sa diffusion sur Eurochannel ?
Nous avons réalisé Un cri dans la nuit avec une toute petite équipe et de tous petits moyens, en ne sachant pas s’il allait être vu (ou même s’il allait être fini). Mais nous l’avons fini et les retours ont été géniaux, meilleurs que ceux que nous pouvions imaginer. Et même si cela peut faire cliché, le fait de l’avoir fait aux Pays-Bas est vraiment un rêve qui est devenu réalité.

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