Interview - Juraj Krasnohorský

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Tigers in the city

Retour à Des tigres dans la ville

Interview avec Juraj Krasnohorský (Réalisateur, coscénariste et producteur)

Comment vous est venue l'idée pour ce film?
L'idée originale est de Lucia Siposova, qui est devenue après coscénariste et
coproductrice. Elle a une formation d'actrice, mais a toujours aimé écrire des nouvelles, et c'était la seconde fois que je lisais un de ses scénarios. J'ai aimé les personnages, mais aussi le Bratislava décrit, comme moi je le vis. C'était vraiment l'esprit de cette ville qui m'a poussé à travailler sur ce projet : le Bratislava de mon enfance, multiculturel et multilingue, avec cette dose d'absurde et d'excentricité, mais aussi son architecture et ses habitants.

Qu'est-ce qui est typiquement slovaque dans Des tigres dans la ville?
J'ai vécu la plupart de ma vie à Genève, Bilbao et Paris. Je suis en fait revenu à Bratislava pour tourner ce film, justement parce que j'aime l'unicité de ses couleurs et de son esprit. Le cameraman, qui d'ailleurs est français, André Bonzel, a très bien su capturé l'humour inhérent à Bratislava. Ce n'est pas vraiment slovaque, mais plutôt typique de l'Europe Centrale : une autodérision ironique et parfois cruelle des gens et des lieux. C'est un humour qu'on retrouve dans l'architecture (le bâtiment de la Radio Slovaque est une pyramide renversée !), et dans la BO du film. Chaque chanson qui a été choisie est rattachée à une époque, et reliée à Bratislava. Quant à l'histoire, elle est assez simple, c'est simplement un homme à la recherche de l'âme sœur. Mais l'élément de différenciation c'est cette ville peu connue des spectateurs, et qui est un réel personnage.

Qu'y a-t-il d'original dans Des tigres dans la ville, pourquoi doit-on absolument aller voir le film?
Il y a de nombreux thèmes dans Des tigres dans la ville. C'est d'abord comment nous, l'équipe du film, voyons Bratislava. Il y a aussi la question de devenir adulte et d'atteindre les 30 ans, et de reconsidérer le monde autour de soi avec une nouvelle perspective. Les spectateurs doivent aussi s'attendre à voir des personnages et une ville qu'ils n'ont jamais vu auparavant. Et même si ils connaissent déjà la ville, c'est ici une version pleine de couleurs et de joie. Lucia et moi avons beaucoup voyagé à travers l'Europe, et je peux vous dire que Bratislava a une identité à part.

Des tigres dans la ville est votre premier long-métrage, quels étaient les défis à surmonter ?
C'était le plus gros challenge de toute ma vie. J'ai pourtant étudié la physique et les mathématiques sans être un étudiant brillant, mais ça c'était encore plus difficile ! Au moment où nous avons commencé à travailler, les aides de l'État pour le cinéma étaient très faibles, nous avons donc décidé de faire sans. Au début nous étions trois, Lucia Siposova, Henrieta Cvangova (productrice) et moi. Nous avons monté une société de production, Artichaut, et convaincu des gens d'investir dans notre projet. À notre connaissance, nous étions à l'époque les premiers à se tourner vers des investisseurs privés pour ce genre de projet. Nous avons aussi réussi à convaincre le Fond Audiovisuel Slovaque de financer le projet à moitié. Nous avons donc travaillé avec un budget très limité, mais ça ne nous a pas empêchés d'être très professionnels. Et puis nous avons créé des liens d'amitié extraordinaires avec ceux qui nous ont soutenus et ont cru en notre projet.

Et pourquoi avoir choisi une femme, mais la faire doubler par une voix d'homme?
Ce choix a finalement été fait assez tard dans l'écriture. On s'est rendu compte que le sujet principal était celui de la rencontre des âmes sœurs. Or en chacun de nous il y a une part féminine et une part masculine, entrant en jeu dans cette recherche. Rudolf, le personnage principal est un homme avec une âme féminine, c'est pourquoi trouver l'âme sœur est difficile pour lui, contrairement à ses amis. Dans le film, on voit donc le côté fémini de Rudolph, mais on entend la voix de son côté masculin. On en sait donc pas à quoi il ressemble, mais ce n'est pas important, c'est l'âme qui compte. Kristina était parfaite pour nous, avec son air « hors du temps et hors du monde ». L'exemple le plus proche de ce que nous avons voulu faire est I'm not there. Dans ce film sur Bob Dylan, six acteurs interprètent le chanteur, dans Cate Blanchett. Pour tout vous dire, si j'avais pu j'aurais choisi Audrey Hepburn pour jouer Rudolf.

En tant que réalisateur, quelle est votre vision du cinéma slovaque aujourd'hui?
C'est une question que je me pose moi-même, mais je n'ai pas vraiment de réponse. Mon but en tant que réalisateur mais aussi producteur c'est de faire connaitre le cinéma slovaque au public européen. Mais c'est très difficile pour nous de se faire connaitre hors de nos frontières. Je demande souvent à mes amis européens quelle image ils ont de la Slovaquie. La France ou l'Espagne ont une image bien définie, mais ce n'est pas le cas pour la Slovaquie : les gens connaissent peu de choses et ne savent pas nous différencier d'autres pays d'Europe Centrale. Et ces gens sont souvent obnubilés par notre histoire communiste, alors que ça fait 23 ans que nous en avons fini avec ça. Bien sûr les choses changent, notamment parce que le tourisme se développe. Je suis sure que dans notre région nous pouvons faire des films à destination de l'Europe en générale. Comme le film Tchèque Alois Nebel qui a gagné le prix du meilleur film européen. La clé de notre succès sera de collaborer avec des acteurs du cinéma européens, en faisant des coproductions avec la France ou l'Allemagne par exemple.

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