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Interview de Jiří Strach

Jiri_Strach

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Interview de Jiří Strach ‐ Réalisateur

Quelle est l’histoire derrière ce titre ?
Le titre (« The Cage » en anglais) se traduirait littéralement « la cage » ou « la prison ». Une cage est un espace clos qui n’a aucune échappatoire. De terribles lits-cages étaient censés nous protéger des malades mentaux, des personnes violentes, des prisonniers pour ne pas qu’ils se fassent mal. Les animaux sont souvent mis en cage avant d’être abattus. Qui a préparé la cage de qui, et qui va finalement atterrir dedans, c’est le sujet de notre film. Il propose une réflexion sur la confiance naïve et le manque d’humanité et d’empathie.

Une multitude de films sur l’enfermement chez soi a été réalisée à l’étranger. On pense notamment aux deux versions de Funny Games de Michael Haneke ou Panic Room de David Fincher. Vous ont-ils inspiré ?
Non. Parfois, il arrive qu’inconsciemment, on imite les autres. Je ne veux pas que mes films soient une photocopie d’autres films. Je veux qu’ils soient uniques pour mettre en valeur le scénario, l’histoire et la psychologie des personnages.

Un drame intime pour deux personnages principaux requiert un choix responsable d’acteurs. Comment avez-vous finalement choisi Jiřina Bohdalová et Kryštof Hádek ?
Il ne reste pas beaucoup d’actrices dans cette tranche d’âge. À son âge respectable, Jiřina Bohdalová est encore en super forme et a plus d’énergie que beaucoup. Et Kryštof Hádek était la seule option pour son personnage. Mais les spectateurs comprendront pourquoi après avoir vu le film. C’est pourquoi, on n’a fait aucun casting pour son rôle. Il a été pris tout de suite sans qu’on y pense à deux fois. En fait, je le voyais déjà dans le rôle la première fois que j’ai lu le script.

Ce film montre le retour de Jiřina Bohdalová dans un drame après une longue pause. Auparavant, vous aviez travaillé ensemble dans des films sur des contes de fées comme Angel of the Lord 2, Lucky Loser ou la comédie Wrinkles of Love. Est-ce que votre relation a changé et aviez-vous des inquiétudes concernant cette collaboration ?
Au début de ma carrière de réalisateur, j’avais fait passer le casting à Mme Bohdalová et à Jiřina Jirásková pour le film Povodeň (The Flood), j’avais très peur. Peur de ne pas être capable de travailler avec ces deux femmes exceptionnelles du cinéma tchèque et de ne pas avoir les résultats que je voulais à cause de mon manque d’expérience. Je me suis très vite aperçu que Mme Bohdalová est vraiment une femme géniale. C’est une grande professionnelle, une personne qui respecte le réalisateur lorsqu’elle voit qu’il sait ce qu’il veut. Depuis, nous avons une excellente relation. Pour me vanter, je dirais même que nous sommes amis. J’ai encore tellement à apprendre d’elle. Elle me donne un aperçu d’une époque avant ma naissance. Qui d’autre pourrait me raconter comment c’était de tourner avec Frič ou Kachyňa ?

Pour Jiřina Bohdalová, cela a été un des films les plus difficiles à tourner. Vous avez fait attention à elle, vous deviez lui demander la permission pour faire telle ou telle chose ou être strict avec elle ?
On se comprend tous les deux. Pas besoin d’être strict ou de mettre des limites aussi bien de son côté que du mien. On a tourné plus d’un film ensemble. Donc, on n’a pas besoin d’échanger nos impressions avec des mots. Parfois, un simple geste ou clin d’œil suffit et on sait tout de suite ce qu’on doit améliorer et comment. Les gens s’attendent à ce qu’une star comme Jiřina se comporte comme une diva mais c’est tout le contraire. Elle aborde chaque scène avec tellement d’humilité. Les seules scènes dans lesquelles je ne la laissais pas tourner sont celles dans lesquelles elle était susceptible de se blesser. On avait une cascadeuse pour ces scènes-là et à chaque fois, elle disait : « Mais je peux vraiment me débrouiller toute seule ! » Il fallait que je dise non de manière intransigeante. Il n’aurait vraiment pas fallu qu’elle se blesse la tête sur la cuvette des toilettes ou qu’elle se casse une jambe dans la baignoire.

Votre film propose-t-il une solution ou permet-il simplement aux spectateurs de s’évader ?
Existe-t-il une solution si dès le début, les principes fondamentaux sont l’inhumanité et la sournoiserie ? Les textes sacrés affirment que tout ce qui s’est déjà passé une fois arrivera encore. Rien de nouveau sous le soleil. La seule chose à faire est de pointer le problème et à travers la tragédie d’une histoire, susciter les émotions des spectateurs pour qu’ils ne prennent pas ces actes inhumains à la légère ou qu’ils les ignorent mais plutôt qu’ils les affrontent avec le plus d’empathie possible s’ils en rencontrent dans leur vie.

Dans le film, vous abordez des sujets tels que la foi, l’espoir, le pardon et l’expiation. Pourtant plus les minutes passent, plus la dimension spirituelle s’estompe. Vos sujets religieux favoris faisaient-ils partis à l’origine du scénario ou les avez-vous rajoutés ?
Ils étaient déjà dans le scénario de Marek Epstein. Mais je ne crois pas qu’ils se soient estompés. Ils se sont juste transformés en quelque chose d’autre. L’espoir mène toujours au pardon. Mme Galová est capable de ça malgré tout ce qu’elle a enduré. Le fait que cela puisse paraître futile dans le film ne veut pas dire qu’on doive y renoncer. Après tout, l’espoir est souvent la source de notre humanité.

Beaucoup de thèmes dans le film sont très peu abordés. La prise de décision avant le montage a été difficile ?
On a passé plus de temps que d’habitude dans la salle de montage. On ne voulait pas que ce soit trop explicite. On a souvent travaillé avec la suggestion et on a laissé beaucoup de non-dits. Mais je sais que les spectateurs sont intelligents. Je n’ai jamais sous-estimé leur capacité à comprendre l’histoire et à lire entre les lignes. Ça porte toujours ses fruits.

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