Entretien : Leonardo Guerra Seràgnoli à propos de son film Sans filtre



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Entretien : Leonardo Guerra Seràgnoli à propos de son film Sans filtre


Le nouveau drame intime de Leonardo Guerra Seràgnoli, Sans Filtre, est un film qui dépeint l’impact des réseaux sociaux sur les jeunes femmes lors d’une escapade en mer. Nous avons rencontré le réalisateur pour échanger avec lui sur sa démarche expérimentale et ses observations sur la jeunesse hyperconnectée.

Pourquoi avoir choisi un bateau pour un film sur les réseaux sociaux ?
Parce que la mer est aussi un no man’s land. Plus aucun signe de la société : seulement une immensité vide et infinie. Cela crée un contraste intéressant : les personnages sont physiquement isolés, mais restent mentalement reliés au monde extérieur grâce à leurs téléphones.

Comment le thème des réseaux sociaux est-il devenu central dans l’histoire ?
Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, on est toujours physiquement quelque part et mentalement ailleurs. Il m’a donc paru intéressant d’analyser comment le monde réel et le monde virtuel s’envahissent mutuellement, et comment le virtuel, en particulier, peut interférer avec le réel. Ensuite, je me suis dit : tentons l’expérience. Je vois ça comme une expérience, tellement c’était particulier.

Pourriez-vous nous expliquer votre démarche artistique pour ce film
Je voulais réaliser un film à petit budget avant de passer à un projet plus ambitieux, qui aurait demandé plus de temps. L’équipe était réduite et j’ai collaboré de près avec les actrices tout au long du projet. Pour moi, l’objectif principal était d’avoir un aperçu de cette nouvelle génération, de m’en approcher le plus possible. Ce n’est pas quelque chose de passager : les réseaux sociaux font partie intégrante de leur vie, c’est leur manière de vivre. C’est ainsi qu’elles ont grandi, c’est devenu une seconde nature pour elles.

 

Avez-vous été tenté de juger la relation de cette génération avec la technologie ?
De mon point de vue, je pourrais facilement être dans le jugement, et j’aime me mettre au défi de rester ouvert à ce qui m’entoure. Une façon d’y parvenir est d’apprendre à mieux connaître. Plutôt que d’écrire mon histoire en tant qu’adolescent de 18 ans aujourd’hui, j’ai préféré travailler avec des jeunes femmes et créer un dialogue dans lequel elles apportent davantage que moi. Plutôt que de rédiger un monologue sur les jeunes d’aujourd’hui, cette méthode m’a donné le sentiment de pouvoir collaborer et partager davantage.

Pensez-vous que cette génération vit trop dans le virtuel ?
Pour moi, ce n’est pas négatif. Ce n’est qu’en réalisant ce film et en étant beaucoup avec les actrices que j’ai compris à quel point il reflète leur vie. Et seuls ceux d’entre nous qui ne vivent pas dans ce monde peuvent penser que c’est négatif. Ce que j’essaie de dire, c’est que c’est leur vie. Nous avons eu la nôtre, elles ont la leur, et il faut commencer à l’accepter, peut-être en créant un lien qui facilite la compréhension, un dialogue ouvert. Ma demi-sœur de 14 ans a regardé le film et n’a jamais une seule fois mentionné le téléphone comme une obsession ou trouvé inquiétant qu’elles soient toujours sur leur téléphone. Elle disait plutôt des choses comme : « oh, elle a été méchante avec elle ». C’est presque comme si le téléphone n’existait pas : il habite leurs mains, c’est une seconde nature. C’est un fait.


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