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Entretien avec Caterina Carone (Réalisatrice)
Comment vous est venue l’histoire de ce film ? C’est une longue histoire ! En un sens, ce film est venu tout seul, au fil de mon expérience de vie et de ma carrière au cinéma. C’est un mélange de mon parcours et de mon imagination. Par exemple, les habitants du village de Regina ressemblent aux habitants de mon propre village d’origine, au centre de l’Italie. Les amies de Regina sont basées sur des femmes que j’ai rencontrées au cours de ma vie et Regina elle-même partage quelques traits de caractère avec moi, mes parents, mes grands-parents, ainsi que d’autres gens que j’ai rencontrés ou non. Il y a cinq ans, en commençant à réfléchir à ce film, j’ai eu envie de raconter comment des gens déjà adultes peuvent encore grandir, un constat qui faisait écho à ma propre situation. Avec ce film, le message que je souhaitais passer est qu’il n’est jamais trop tard pour se donner la possibilité de grandir et de se libérer de nos propres chaînes. Cette possibilité nous est donnée par notre conscience ainsi que par l’amitié et les rencontres importantes que l’on fait au cours de notre vie. Il est toujours temps de se trouver, et c’est le plus important dans la vie.
Quel message vouliez-vous passer avec ce film ? J’ai déjà répondu ci-dessus. Cela dit, je voulais également faire un film positif, sans meurtres, sans tueurs et sans violence, un film qui donne simplement confiance en eux aux spectateurs et qui leur donne envie de vivre leur vie. De nos jours, il règne un tel manque d’envie de vivre et un tel manque de confiance en l’avenir. Les réalisateurs, les auteurs, les artistes en général ont la responsabilité de montrer qu’un monde meilleur est possible, afin d’inspirer les gens à faire le bien. Les médias et certains genres cinématographiques ou littéraires ont tendance à ne pas assez suivre cette démarche et se complaisent dans une forme de souffrance. À notre époque, nous avons surtout besoin de confiance.
Quels profils recherchiez-vous en ce qui concerne les acteurs et l’équipe technique ? J’ai cherché des professionnels passionnés, intelligents et spirituels. J’ai eu beaucoup de chance, puisque je les ai trouvés. Toute l’équipe a fait preuve d’un enthousiasme fantastique autour de mon scénario et chacun y a contribué avec sa propre expérience de vie, les acteurs comme les techniciens. Lucia Mascino et Christian De Sica étaient vraiment Regina et Walter, ce n’étaient pas des rôles de composition pour eux. C’est également vrai pour les autres acteurs : Therese Haemer, Irina Wrona, Max Mazzotta, Andrea Germani, Ingrid Bliem Esposito, Jasmin Barbara Mairhofer, Peter Mitterrutzner, Luigi Delladio et Giorgio Lopez (alias “La Voix”) ont su donner vie à mon histoire au-delà de mes espérances et je ne pourrai jamais assez les en remercier. Ils ont rendu mon histoire magique et unique, tout en étant universelle et ancrée dans la réalité.
L’histoire de ce film rappelle la pièce de William Shakespeare La Mégère apprivoisée. Est-ce intentionnel ou une simple coïncidence ? C’est une coïncidence. À l’époque, je n’avais pas encore lu La Mégère apprivoisée et je n’aurais jamais osé m’attaquer à un génie tel que Shakespeare. Il y a effectivement une petite référence à Hamlet dans le film, je laisse au spectateur le plaisir de la découvrir ! Peu après la sortie du film j’ai retrouvé un vieux livre d’enfance sur une étagère. Parmi les contes de fées dans ce recueil, il y en a un qui me tient particulièrement à cœur, La Reine des neiges de Hans Christian Andersen. Je crois que cette histoire m’a inspirée il y a bien longtemps et elle est restée gravée dans mon esprit.
C’est votre premier long-métrage. Quelles ont été vos plus grandes difficultés lors de la réalisation de ce projet, par rapport à un court-métrage ou d’autres productions moins importantes ? Réaliser son premier film présente de nombreux défis pour un réalisateur. Pour moi, le plus difficile a été la relation avec mon fantastique producteur Carlo Cresto-Dina, les quatre longues années qu’il nous a fallu pour donner naissance à notre film, le travail effectué, nos nombreux échanges, nos envies, nos motifs de fierté… Les films sont des œuvres collectives, comme la musique ou l’amitié. Un autre défi était d’avoir l’opportunité de m’adresser à un public plus large. C’était à la fois très émouvant et très effrayant de sortir du cocon du film d’auteur confidentiel pour se lancer dans l’inconnu.
De quels réalisateurs vous inspirez-vous ? Ma principale source d’inspiration est mon intuition. Je fais confiance à mon instinct et je n’ai pas peur de commettre des erreurs. Je crois qu’au cinéma, chaque erreur est une preuve d’originalité et contribue à l’affirmation d’un style. Le temps répare les erreurs. Puis je me laisse guider par l’histoire que je raconte et par les réalisateurs que j’admire : Fellini, Chaplin, Tati, Ashby, Burton, Lynch, Leigh et bien d’autres, ainsi que les productions Disney, les feuilletons, les BD, l’art en général… Ce qu’il y a de fantastique avec le cinéma, c’est qu’il permet de raconter une histoire à plusieurs niveaux, à l’instar de l’âme humaine.
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