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Entretien avec Goran Vojnović (Réalisateur)
Comment avez-vous inventé l’histoire de ce roman, par la suite devenu un film ? Je ne sais pas si je l’ai vraiment inventée. L’intrigue de ce film est construite autour des histoires de mon enfance. J’ai grandi parmi ce genre de personnages, avec leurs histoires, leur humour, mais également avec la tristesse que leurs blagues dissimulent. Leur tristesse est aussi la mienne.
Comment décririez-vous Rêves de gloire à un public international, qui ne connaît peut-être pas Fužine, cette banlieue de Ljubljana ? Ce que j’ai appris en présentant mon film et mon livre partout dans le monde, c’est que chaque ville a son propre Fužine, un endroit où les prétendus « autres » vivent. Ces exclus portent différents noms partout dans le monde, mais ils vivent une expérience similaire à celle des habitants de Fužine. Rêves de gloire est une histoire universelle qui évoque le fait de grandir loin du monde extérieur. Comme la vie elle-même, le film est à la fois triste et drôle, moral et immoral. Peut-être qu’il a une fin heureuse, et peut-être pas.
Vous avez été poursuivi en justice par les autorités locales après la sortie du roman dont le film est adapté. Quelles étaient leurs intentions ? Le syndicat de police qui a porté plainte contre moi s’est certainement senti insulté par le langage employé dans mon livre, qui est très violent et politiquement incorrect. Et puisque le livre a eu un grand succès, ils ont sans doute cru que tout le monde adhérait aux insultes du personnage principal envers la police et j’imagine que c’était humiliant pour eux. Je ne pense pas qu’ils cherchaient vraiment à obtenir quoi que ce soit, ils voulaient simplement un peu de respect de ma part et ainsi que de ceux qui ont lu, aimé ou fait la promotion du livre.
Pensiez-vous que Rêves de gloire rencontrerait un tel succès international et remporterait autant de prix ? C’était une véritable surprise pour moi, la manière dont l’histoire de mon quartier a su trouver un écho chez autant de gens différents, qu’ils viennent de Suède, de Russie ou d’ailleurs, et que ces lecteurs étrangers puissent créer un lien fort avec ces personnages comme s’ils avaient vécu à Fužine toute leur vie. C’est l’un des pouvoirs de la littérature et du cinéma, cette capacité à transmettre un vécu et des émotions d’un monde à l’autre.
Comment compareriez-vous la vie des immigrés de première ou deuxième génération en 2008 et aujourd’hui, dix ans plus tard ? La situation a-t-elle évolué ? Aujourd’hui, les immigrés qui viennent en Slovénie arrivent de pays lointains comme l’Afghanistan ou le Bangladesh et non de Bosnie ou de Serbie. Ils ne sont pas simplement différents, ils incarnent réellement la figure de l’inconnu. Les immigrés de deuxième génération des Balkans sont désormais très bien intégrés dans la société slovène et la plupart d’entre eux ne sont plus perçus comme une source de problèmes, simplement parce cette vision s’est déplacée sur d’autres gens. L’intolérance est encore d’actualité. Les gens ressentent toujours de la peur et de la colère, et la situation actuelle de l’Europe de l’Est pourrait bien les révéler au grand jour.
Après avoir fait ce film, quel est votre point de vue sur les épreuves auxquelles les migrants dans le monde entier sont confrontés en 2018 ? Ce que je sais, c’est qu’il y a toujours eu de nombreux migrants et réfugiés dans le monde, ils sont simplement plus visibles de nos jours. Il est toujours possible d’ériger des murs et d’installer des barbelés sur les frontières, comme ce qu’a fait mon pays à mon grand regret, mais il est impossible d’empêcher les gens d’accéder à une vie meilleure. Tous ces obstacles n’ont pour effet que de créer une atmosphère de malaise permanent, dans laquelle les immigrés sont confrontés à des épreuves encore plus difficiles dans leur quête d’intégration. Ainsi, notre plus grand défi est de changer cette ambiance, parce qu’il est compliqué d’évoquer ces sujets lorsque les gens ressentent de la peur voire même de la haine envers ceux qui quittent leur pays pour sauver leur peau.
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