Interview avec Carlos Ruiz Carmona

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Interview avec Carlos Ruiz Carmona (Réalisateur)

Comment vous est venue l’idée d’un documentaire ?

Portrait est né de mon intérêt personnel, et de mon besoin de mieux comprendre la génération post-guerre civile que mes parents ont connue. Je crois que j’ai essayé de me sentir aussi proche que possible de leur expérience, et de comprendre leur vision de la vie, leurs sentiments, leurs désirs, et leur philosophie de vie. Cela m’a aussi permis de comprendre comment ils m’ont influencé. Ce film est comme une exploration de mon passé, de mes racines.

D’un autre côté, Portrait est aussi une analyse psycho-sociale, parlant du fait d’être un homme et une femme en temps de dictature, d’oppression, de résignation, de pauvreté et de silence. C’est le portrait d’une génération dont les possibilités étaient très limitées par leur statut social et leur manque d’éducation. C’est la réalité de mes parents. Et Portrait représente le sentiment de toute une génération à travers l’histoire de ma famille. Du moins je l’espère.

Pourquoi faire un portrait de cette génération en vous inspirant de l’histoire de vos parents, et non d’une autre famille ?

Je me suis dit : pourquoi conter l’histoire d’inconnus, quand je peux raconter celle de mes parents ? Pour moi, étant donné le sujet traité, cela n’aurait aucun sens de faire une analyse générationnelle avec d’autres gens. Cela m’éloignerait de ma première source d’inspiration, celle qui m’a poussé à faire ce documentaire.

Pourquoi en noir et blanc?

C’était un choix assez spontané, et cela représente bien à mon goût le conflit entre le présent et le passé, dans le temps et l’espace.

Le script souhaite créer une sorte de rêve temporaire où présent et passé s’entremêlent. Une sorte de bulle hors du temps où mes parents et moi pouvons discuter librement de la vie.

Un moment marquant de votre film arrive quand votre mère dit : « Je n’ai jamais été heureuse ». C’est vrai ? Comment avez-vous réagi à une confession pareille ?

Ma mère dit « ne jamais avoir été heureuse » au début du récit, et cette réplique dramatique permet d’introduire le personnage, ma mère, et sa vision du monde. Par la suite le scénario explore et analyse la portée émotionnelle et psychologique de cette phrase.

Le scénario présente d’autres raisons à ce mal-être. Ma mère était orpheline, elle a vécu 8 ans avec ses grands-parents puis est partie travailler pour des familles riches. Pendant son adolescence, elle travaillait sans relâche 12 heures par jours en échange de nourriture et d’un lit où dormir. Comme elle le dit, on lui a volé son enfance. Elle n’avait jamais le temps de jouer, ni d’étudier ou de simplement grandir et profiter de la vie. Comme beaucoup, elle a souffert de l’exploitation et de l’injustice dont les femmes pauvres et illettrées sont victimes. Cette violence socio-culturelle caractérisait la vie de beaucoup de familles déchirées et brisées par la pauvreté et l’oppression de la Guerre Civile Espagnole.

Quand je pense à cette phrase, je me sens frustré. J’aurais souhaité pouvoir l’aider.

Travaillez-vous sur d’autres projets en ce moment?

Je travaille depuis 2005 sur un projet timidement appelé Culture. Il a été tourné à Porto et ses environs pendant à peu près 5 ans. L’histoire analyse le concept de « culture », à travers un portrait intime de la vie à Porto.

J’ai aussi deux projets de documentaires susceptibles d’être financés par des programmes culturels Européens. Ces projets sont consacrés à l’analyse historique de la dictature et de sa relation avec la démocratie depuis la mondialisation.


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