Interview avec Cihan Inan

Cihan Inan

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Interview avec Cihan Inan (Réalisateur)

Comment avez-vous eu l'idée de faire ce film ?
Eh bien en 2003, j'ai perdu ce qui devait être mon premier film, Pelotudo, une adaptation du livre du Nick Cave, Et l'âne vit l'ange. J'avais tout financé moi-même, c'était donc un film à petit budget, tourné en quatre semaines en Turquie durant l'été 2003 avec tous mes amis. On était une cinquantaine environ, en tout. En novembre, tout le matériel a été volé en Allemagne, et je me suis retrouvé avec seulement mes dettes et ma bande-annonce de 30 secondes.

Après ce choc et des efforts intenses pour retrouver le film, j'ai fini par m'en remettre, et je me suis attelé à l'écriture d'un nouveau scénario, sur un massacre qui a eu lieu en 1986. Je n'étais pas seulement intéressé par cette pulsion criminelle, ou encore sa fuite puisque après la tuerie le tueur a disparu pendant trois semaines avant d'être arrêté en France. Je me suis aussi concentré sur les histoires parallèles de ces gens ordinaires entrainés dans la tragédie. Je voulais montrer le deuil (avec la fille décédée), la possibilité de la mort (avec le fils dans le coma) et aussi le problème identitaire des immigrants en Suisse.

Pourquoi avoir choisi d'avoir un personnage muet ?
C'était une décision que j'ai prise dès le début de l'écriture du script. Il parle une seule fois en fait, au tout début durant le générique d'ouverture : « Je ne peux pas m'en empêcher. » C'est aussi un leitmotiv pour les autres personnages du film, et cela explique bon nombre de leurs réactions. Je voulais vraiment montrer qu'il y a plein de façons différentes de réagir à une telle tragédie.

Et bien sûr cet homme est le seul inspiré d'une vraie personne, les autres sont des personnages de fiction. C'est pour ça que j'ai choisi de ne pas lui donner de texte, et de le laisser s'exprimer uniquement par gestes. Il a aussi des flash-backs de moments importants pour lui. C'est bien sûr une interprétation, notamment la partie sur sa fuite, puisque même maintenant, personne ne sait ce qu'il a fait pendant trois semaines. Chacun doit se faire sa propre opinion sur lui.

Pourquoi la conception du film a-t-elle pris autant de temps?
J'avais déjà mon scenario prêt à 95% en 2004, mais j'ai eu beaucoup de mal à le financer ou même à attirer l'attention des producteurs. J'ai essayé plusieurs maisons de production, mais on m'a dit que l'histoire était trop complexe, sans personnage principal réel. Ils ne croyaient pas qu'un film comme ça pouvait marcher, donc ma recherche d'un producteur a continué pendant trois ans et demi. La sortie de Collision de Paul Haggis qui a gagné l'Oscar en 2006 a beaucoup aidé parce que les producteurs se sont soudain souvenus de mon film. En 2007 C-Films s'est investi dans la production, et finalement le film était entièrement financé en 2008.

Quel a été votre plus grand défi dans la réalisation de 180°?
C'était génial de voir les mots que j'avais écrits prendre vie dans la bouche des acteurs que j'avais choisis. Et j'étais bien sûr ravi d'enfin sortir mon film après cinq ans... et dix ans après avoir eu l'idée de réaliser un film, celui que j'ai perdu. J'avais une équipe extraordinaire qui a très bien compris où je voulais aller.

Quels sont vos prochains projets ?
J'ai deux projets actuellement : l'un est une comédie musicale suisse dans un centre commercial et l'autre est une fiction très sombre sur des retrouvailles d'un groupe d'amis après 25 ans. Je suis pour l'instant dans la période de développement du scénario, qui est financée, et j'espère vite trouver des producteurs pour le tournage.

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