Interview avec Clemens Klopfenstein

Clemens Klopfenstein

Clemens Klopfenstein

Retour à Le défi de Saint François

Interview avec Clemens Klopfenstein (Réalisateur)

D'où vous est venue l'idée de ce film ?
J'ai vécu pendant 30 ans près de l'endroit où soi-disant Saint François d'Assise prêchait aux oiseaux. Moi-même peintre et réalisateur, je n'ai eu qu'à lever les yeux et parler de ce thème.

Ce petit sanctuaire devant lequel passent Polo et Max dans le film est le lieu officiel du « sermon aux oiseaux ». J'ai toujours voulu étudier l'ornithologie, j'ai donc trouvé approprier de faire un film sur ça. J'ai aussi voulu intégrer une autre légende sur Saint François d'Assise : « le loup de Gubbio ». Saint François réussit à mater le loup et sauver les villageois d'une mort certaine. Quant à moi, au contraire, je suis dévoré vivant par un loup à la fin du film. Ou peut-être que je vais survivre dans une suite, ou devenir un loup-garou.

Comment décririez-vous Le défi de Saint François aux téléspectateurs ?
C'est un conte et en même temps une réflexion sur l'industrie du film en Suisse. Un réalisateur franciscain, vivant retiré du monde, souhaite tourner un film à petit budget, pour le bonheur de faire un film et avec des gens passionnés. Mais cet idéal est frappé de plein fouet par la réalité et la dictature de la rentabilité, comme toujours.

C'est le dernier film pour le réalisateur, mais aussi pour les deux acteurs.

Dans quel genre classeriez –vous le film ?
C'est un long-métrage avec de longues scènes improvisées ! On pourrait l'appeler une sorte de « docu-fiction » : les acteurs principaux (Max Reudlinger, Polo Hofer... et moi-même) sommes connus pour nos one-man-shows.

Est-ce plutôt facile ou difficile de faire des films indépendants et expérimentaux en Suisse ?
Je suis connu comme un réalisateur expérimental déjanté en Allemagne, aux Pays-Bas et en Autriche, et du coup j'ai toujours eu la chance de trouver des partenaires pour financer mes projets dans ces pays. Finalement la Suisse est toujours obligée de participer à travers le département de promotion des arts.
C'est difficile mais je travaille avec un petit budget, d'une manière franciscaine dirais-je ! Donc la question du financement est moins primordiale.

Quel regard portez-vous sur l'industrie du cinéma en Suisse ?
L'objectif principal en Suisse est de produire des films grand public, qui seront plus tard diffusés sur des chaines généralistes le dimanche soir. C'est la grande tendance du marché, et la force directrice de l'industrie, ce qui explique l'importance des chaînes de télévision dans la production
Avec ce système nous créons une ribambelle de films plutôt bons, avec un happy end au bout de 88 minutes. Ce n'est jamais vraiment original ou déroutant ou absurde, mais au contraire une formule bien rodée très efficace à la télé.
L'industrie du cinéma est dirigée par les agences de pub et non pas par les studios.

Quels sont vos projets pour le futur ?
Je travaille sur un remake d'un de mes premiers films Macao. C'est un film traitant d'un sujet intéressant : ce qui se passe après la mort. Le héros meurt et passe dans l'au-delà, mais il ne s'en rend pas compte. Je travaille aussi sur une compilation de mon travail, à la demande d'un ami autrichien, qui s'appellera certainement Diving in Kloffis World (Plonger dans le monde de Kloffis).
Et puis deux livres de photos et un troisième roman sont en cours. Cette fois le livre sera très autobiographique : The Time I Stole My Movies (La fois où j'ai volé mes films).

Retour à Le défi de Saint François