Interview avec David Fonjallaz

David Fonjallaz

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Interview avec David Fonjallaz (Réalisateur)

Comment avez-vous eu l'idée de faire un documentaire sur une prostituée ?
Le journaliste bernois Simon Jäggi a suggéré de faire un film sur Sylvia Leiser (Madame Mercedes). Il avait déjà écrit un article sur elle dans un journal local, mais d'après lui un simple article ne permettait pas de raconter toute sa vie et de bien la décrire. Simon a d'ailleurs été coréalisateur sur ce film et a mené les interviews réalisées.

En général, nous pensons que donner la parole à ceux rejetés par la société est la meilleure façon de comprendre leur monde. De ce point de vue, la prostitution est un sujet très intéressant. C'est un environnement social, qui, quoi que l'on puisse dire, existe. Étudier la prostitution permet d'étudier les fondements éthiques d'une société et ses doubles standards.

Pourquoi avoir choisi Madame Mercedes parmi toutes les prostituées de Bern ?
Madame Mercedes est le symbole d'une prostitution d'un autre temps : cela fait 35 ans qu'elle travaille dans son van. À travers son histoire on a pu parler des mutations qui ont eu lieu dans ce milieu ces dernières années. En plus, Sylvia Leiser a en dehors une vie très ordinaire, loin de ce que les gens imaginent. Ça ébranle les stéréotypes et catégories toutes faites.

Le film va-t-il au-delà de l'histoire de Madame Mercedes ?
La vie de Sylvia est entremêlée avec d'autres vies. Le film est sur la prostitution en Suisse, le changement social. On parle aussi de vieillir dans ce métier, puisqu'il y a un constant besoin de chair fraîche. Ça parle de sexualité et de la relation complexe entre pulsions charnelles et émotions.

Avec ce portrait nous voulions montrer le quotidien de Madame Mercedes aussi fidèlement que possible. Nous avons été frappés par l'étonnante banalité du commerce du sexe. Et puis bien sûr, par les aspects plus personnels, comme les sentiments des gens. Madame Mercedes est habituée à cacher ses émotions, et c'étaient celles-ci que nous voulions voir.

Comment le film a-t-il été perçu par le public et la critique ? Avez-vous été accusé de promouvoir la prostitution ?
Le film a reçu un très bon accueil autant chez les critiques que le grand public, en Suisse et à l'étranger. Ce qui nous fait très plaisir c'est que ce film est encore souvent projeté, dans le cadre de festivals ou d'évènements en relation avec la prostitution.

Nous n'avons pas eu de critique négative en soi, mais le film a souvent déclenché des discussions et controverses avec le public. J'espère en tout cas que ça a aidé à mettre fin à certaines idées préconçues. Et nous étions ravis que Madame Mercedes ait vraiment aimé le film, elle en a beaucoup parlé pour en faire la promotion.

Travaillez-vous sur un film en ce moment ?
Avec ma boite de production, Lomotion, nous travaillons sur différents projets. L'année dernière nous avons produit un moyen-métrage documentaire Work hard, Play Hard, de Marcel Wyss, un film sur deux cocaïnomanes en Suisse. En ce moment nous travaillons sur un portrait de Kurt Gossenreiter. C'est sous forme d'un road movie et on prévoit de faire le voyage de la Suisse à la mer du Nord en bateau. J'espère que ça deviendra une inspiration pour une vie sans attache.

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