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Retour à Piégé
Interview avec Graham Cantwell (réalisateur)
Comment vous est venue l'idée de ce film ? Piégé s'inspire d'histoires que l'écrivain Anthony Fox entendait quand il était petit à Cavan, en Irlande. Son père s'est retrouvé mêlé aux violences qui avaient lieux à la frontière avec l'Irlande du Nord, et Anthony a été témoin des effets ravageurs sur sa famille et son entourage. Nous voulions parler de cette violence en Irlande, à une époque troublée, et comment cela a affecté les gens, même ceux qui n'étaient pas directement impliqués dans les troubles. J'avais réuni des acteurs, scénaristes et réalisateurs à Dublin, un groupe qui s'appelle « The Attic Studio » et Anthony est venu me voir avec un scénario à lire. C'est à ce moment que j'ai pris part au projet en tant que réalisateur.
Comment avez-vous choisi les acteurs ? Les connaissiez-vous déjà ou avez-vous fait passer des castings ? Je connaissais la plupart des acteurs car ils faisaient partie de The Attic Studio, mais nous avons aussi fait des auditions. Même Anthony a fait des essais, il était d'ailleurs très stressé. J'adore le travail avec les acteurs, c'est ce que je préfère en tant que réalisateur, et j'ai vraiment voulu trouver un équilibre entre des acteurs nouveaux et d'autres plus expérimentés. Gerad McSorley est très connu en Irlande, et nous l'avons contacté très tôt dans le processus. Il a aimé le scénario et quand je lui ai expliqué comment nous voyions le personnage il a tout de suite été d'accord. C'était génial de l'avoir sur le tournage, ça a mis la barre très haut et les autres acteurs ont tout fait pour ne pas le décevoir.
Le sujet abordé dans le film est très controversé en Irlande, comment le traiter sans froisser différentes sensibilités ? Nous ne voulions absolument pas apparaitre comme partisans, nous avons donc fait attention à avoir une approche équilibrée. Les évènements que l'on raconte ne sont pas si lointain, beaucoup de gens les ont vécu et en souffrent encore, donc nous avons essayé d'être justes et respectueux des différentes opinions et expériences. Le message central du film c'est l'antiviolence, et nous nous sentions légitimes pour en parler puisque Anthony lui-même a vécu les troubles et en a souffert. Il y a eu quelques polémiques quand le film est sorti, mais cela venait principalement de fondamentalistes.
Pourquoi faire un film sur un évènement ayant causé autant de violence et de victimes dans votre pays ? Les attaques à la bombe dans le métro de Londres venaient d'avoir lieu, et ça m'a beaucoup choqué. Je me suis demandé pourquoi cette jeune génération pensait que la violence était l'unique solution aux problèmes qu'ils vivent aujourd'hui dans le pays. Dans les années 70 des jeunes gens du Sud étaient enrôlés sur le front à la frontière avec le Nord pour un conflit qui n'avait rien à voir avec leur vie quotidienne. Les recruteurs faisaient appel à leur conscience patriotique et leur soif d'aventure. Quand ils ont réalisé dans quoi ils s'étaient embarqués, il était trop tard pour faire marche arrière. Beaucoup y ont perdu la vie. C'était un aspect du conflit n'ayant jamais vraiment été exploré, surtout l'impact des violences dans les zones rurales, je voulais dire quelque chose de nouveau avec un style nouveau.
Quel a été le plus grand défi à l'heure de faire le film ? Nous avons travaillé avec un budget limité durant tout le tournage. Pour tout vous dire, nous étions souvent à court d'argent et devions arrêter la production en attendant de trouver d'autre financement ! Le tournage a duré neuf semaines, étalées sur neuf mois, du coup c'était très dur de ne pas perdre le rythme et la motivation. Au début nous avions un petit projet, avec une équipe légère, peu de lieux différents et finalement nous nous sommes retrouvés à travailler sur quelque chose d'énorme avec des voitures d'époque, des costumes, des engins de guerre et même des scènes entre Cavan, Dublin, Belfast et Paris. L'équipe est peu à peu devenue très nombreuse, avec plein d'acteurs et de figurants. Ça m'a demandé beaucoup de travail, mais j'étais très fier que nous ayons réussi et très heureux.
Il y a –t-il des obstacles pour filmer et sortir un film en Irlande ? Il a un certain nombre d'entreprises qui reçoivent des aides du gouvernement pour faire des films, et aussi beaucoup de films étrangers qui viennent ici pour bénéficier des avantages fiscaux, mais pour les producteurs d'ici qui ne font pas partie de tout ce système, ce n'est pas très facile. Pour réaliser un film indépendant il faut faire des pieds et des mains, puis quand le film est fini il faut encore trouver une audience. Heureusement pour nous, Anthony et Patrick Clark étaient deux producteurs qui croyaient au projet et nous ont beaucoup aidés à sortir le film. Ça peut être difficile de rivaliser avec les grandes productions internationales, mais une fois qu'on arrive à sortir le film et à obtenir une certaine visibilité c'est beaucoup plus facile. Nous avons été nommés pour trois IFTAs (Les Oscars irlandais), ce qui nous a fait connaitre.
Comment compareriez-vous le cinéma irlandais à d'autres industries en Europe, en termes de financement et de créativité ? D'abord, chaque pays a sa propre langue, donc il y a déjà une audience prédéfinie plus susceptible d'aller voir le film. L'inconvénient est qu'il est alors parfois difficile de s'exporter : les films irlandais sont directement en compétition avec les films anglais et américains. Or ces films ont de plus gros budget et une meilleure visibilité grâce à un marketing très fort. Cependant, si nous faisons un travail de qualité, le fait que le film soit en anglais nous ouvre beaucoup plus de portes. Quand il y a peu de financements disponibles, les réalisateurs doivent être encore plus créatifs dans leur exécution puis le marketing du film.
Quels sont vos projets dans le futur ? Mon prochain film est complètement différent de Piégé. C'est une comédie romantique, The Callback Queen, sur le monde clinquant du cinéma à Londres. C'est très rafraîchissant pour moi, plus de rires et d'amour que de violence ! Cette fois encore j'ai un super casting et de très bon retours des projections tests.
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