Interview avec Hanna Schygülla

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Interview avec Hanna Schygülla

Vos biographies retracent vos relations professionnelles avec le réalisateur Rainer Weiner Fassbinder. Qu’en pensez-vous aujourd’hui après plusieurs années ?

Il avait la rare touche du génie d'une telle créativité qu'il a fini par s'auto-détruire a l'âge de 37 ans, après avoir mis au monde une cinquantaine de films, dont deux séries de télévision, une douzaine de pièces de théâtre, ainsi que des essaies et des poèmes en seulement  13 ans de création.

Hanna Schygülla, l'actrice, n'aurait pas existé sans lui. On s'est rencontré par hasard á un cours d'art dramatique mais moi j'ai abandonné ce cours peu après en pensant que ce n'était pas pour moi. Lui par contre savait, " comme touché par l'éclair que cette fille dans son cours serait quelqu’un, comme une star ou un pilier ou un moteur de ses films"(Rainer Weiner Fassbinder) car il n'y avait pas de doute pour lui qu'il ferait des films. Alors lui à peine sorti  de ces cours, il m'a cherchée et il m'a retrouvée

Où et comment votre « amour » pour l’Amérique latine est apparu ?

Gabriel García Márquez m'a vue dans un café de Paris. Il s'est alors rappelé de la protagoniste d’un film dont il avait mis le scénario de côté:"El veranofeliz de la señora Forbes". Ainsi madameForbes a pu devenir une partie de moi-même,tout en faisant partie du cycle « Amours difficiles » (tous conçus par Marquez). Le réalisateur était le mexicain Humberto Hermosillo. Apres Marquez m'a choisi pour être la protagoniste d'une série de télévision dans l'esprit du « Réalisme Magique ». Celle-ci est inspirée de ses nouvelles, qui sont les 6 chapitres de cette telenovelahors norme,réalisée par le Brésilien Ruy Guerra. Désormais ce n'était plus une colombienne qui frappait à la porte d'une maison à Vienne pour y offrir ses services, mais moi, une allemande, qui rodait àLa Havane. Pendant mon séjour de six mois est né ce lien amoureux avec l'Amérique Latine,sa littérature, sa musique, son cinéma et surtout ses gens. Ainsi l'actrice fétiche de Cuba,Alicia Bustamante, qui a participée au même tournage, est devenue une de mes amies la plus proche depuis vingt ans déjà.

Vous mentionnez le « Réalisme magique » comme une de vos influences, quel type d’impact cette notion a créé en vous en tant qu’artiste ?

Je pourrais le résumer avec la phrase: regarder la réalité comme si s'était un rêve ... et le rêve comme si c'était une réalité. De plus, c'est tonifiant  d'être attentif à la merveille comme quelque chose qui fleurit sur l'arbre de la vie. De  la même facon que la peur engendre les spectres des cauchemars, l'amour provoque des métamorphoses inattendues du genre du merveilleux. Aussi j'ai besoin d'être en contact avec l'énigme de notre existence résumé dans la phrase de Jorge Luis Borges: « chaque chose est une lettre mystèrieuse de cette écriture indéchiffrable dans le livre du temps ».

Si vous deviez réaliser un autre documentaire sur un/une artiste, lequel/laquelle choisiriez-vous ?

Je vais réaliser avec les élèves du Centre de Création Contemporain deGenève un documentaire sur l'autre façon  de voir Eugen Bavcar, un photographe aveugle, qui figure déjà dans mon portrait d’AliciaBustamante, car une rencontre avec lui est toujours un moment précieux et inoubliable. Eugen Bavcartransforme ses images obtenues mécaniquement en images de l'invisible à l'aide du photomontage. Par exemple, sur  la première photo qu'il a faite de moi lors de notre première rencontre, il a rajouté un hibou sur mes épaules sans savoir que ma mère m'appelait quand j’étais enfant  "mon petit hibou" parce que je ne voulais pas me coucher le soir.Voilà un exemple moderne d'un thème ancien : celui de l’oracle aveugle.

Après votre documentaire sur Alicia Bustamante, avez-vous une idée de latino-américain avec qui vous aimeriez faire un film ?

Le Mexicain : Carlos Reygados
L’Argentin : Carlos Sorin
Le Chilien : Alejandro Chodorowski
La Brésilienne: BiaLessa

Vous écrivez un livre en ce moment, pouvez nous en parler ?

C'est mon autobiographie. D'abord je me sentais obligée de le faire pour éviter que d'autres (qui se sont proposés de le faire) s'y mettent avec leur plume. Je sais que j'ai une manière particulière de voir les choses et de les écrire ; "comme un saumon qui remonte à contre-courant jusqu'à ses sources je suis remonté dans ma vie".J'ai entendu un auteur dire cette phrase à la télé. Finalement j'ai retrouvé la mêmesensation en remontant ma vie. De la même façon que je m'intéresse à ce que les gens me racontent de leur vécu, j'ai suivi les traces que le roman de ma vie a laissé dans ma mémoire.
Recycler ce que la vie me met en main et lui donner une seconde vie  est aussi bien un besoin quotidien qu'un geste de l'actrice  que je suis: je multiplie ma vie en  me nourrissant de mes expériences et celles des autres.

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