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Interview avec Jan Cina
Le rôle que vous interprétez a plusieurs contradictions mais connaît une belle évolution. Comment un acteur se prépare-t-il pour un tel rôle ? Chaque jour de tournage est différent. Ça a été un gros défi qui m’a amené à explorer des parties de ma personnalité qui m’étaient inconnues, à la fois en tant qu’acteur qu’en tant que personne. Bien avant le début du tournage, je me suis posé la question, à savoir comment me préparer mais je ne suis pas encore sûr d’avoir trouvé la réponse. On a tous sans doute besoin de quelque chose de différent. Je suis le genre de personne qui en général ne se prépare pas assez et là, ça n’a pas été différent. Alors objectivement, je me suis assez préparé. J’ai essayé de chercher des mémoires de témoins. J’ai lu des études concernant la vie de la minorité gay en République tchèque au 20e siècle. J’ai également suivi un cours avec un professeur de théâtre britannique.
Avez-vous déjà eu des difficultés avec un personnage aussi compliqué que Lanik ? Je ne crois pas. Même si j’ai déjà interprété différents personnages parmi lesquels, un trafiquant de drogue, un autiste et des méchants, c’était la première fois que j’interprétais le personnage d’un acteur. Je crois que le réalisateur a vu une partie sombre de ma personnalité. Le personnage de Lanik a été le rôle le plus compliqué pour moi jusqu’à présent.
Lanik est acteur tout comme vous. Vous êtes-vous trouvé des points communs avec lui ? Et qu’est-ce qui vous a impressionné chez lui ? À part tout ce qui concerne le monde du théâtre, il n’y avait pas d’autres points communs. Sincèrement, c’est surtout le côté “vivre dans un mensonge” qui a le plus résonné en moi. En tout cas, j’espère que dans ma vie personnelle, je n’utilise que très rarement le mensonge mais grâce à ça, je me suis rendu compte quand je cachais des choses.
Pourriez-vous vous imaginer dans la position dans laquelle votre personnage se trouve ? Comment vous vous seriez comporté ? Je pense que je me serais conduit différemment, mieux. Néanmoins, en ayant étudié de plus près cette époque complètement inimaginable et effrayante pour moi, je ne peux pas vous assurer que j’aurais supporté tout ce que les gens ont enduré. J’ai beaucoup de respect pour ceux qui se sont sacrifiés pour leurs proches.
Est-ce que votre vision sur les années 50 dans le pays a changé entre le moment de la préparation et le tournage de Confidentiel ? Ça n’a fait que me confirmer la grande injustice, l’absurdité et la peur qui ont affecté cette époque. Et je pense toujours que la Russie, à l’époque l’Union soviétique, n’est pas un bon ami. Elle a une très mauvaise influence. Et quand je dis Russie, je ne me réfère pas à ses magnifiques paysages, sa culture et son peuple mais à l’élite au pouvoir qui ne respecte pas les autres.
Dans votre famille ou votre entourage, connaissez-vous quelqu’un pour qui cette période a été aussi compliqué ? Les témoins du milieu artistique de cette époque ne sont plus en vie. Mon partenaire et moi connaissons deux gentlemans qui ont passé toute leur vie ensemble. À cause de leur orientation sexuelle, leur vie a été très difficile sous le régime communiste. Ils ont travaillé au théâtre toute leur vie. Ils sont maintenant octogénaires et ils ont dû beaucoup se battre pour leur relation. Ils devaient la garder secrète. L’un d’eux a passé quelques années en prison à cause de son orientation. Leur relation en a valu la peine. Ils ne se sont pas laissés détruire.
À quel point pensez-que vous que la série est proche de la réalité de cette époque ? Les événements qui se sont déroulés au théâtre de l’armée tchécoslovaque sont inspirés de faits réels. Certains des personnages ont vraiment existé. Lorsque vous tournez une évasion à la frontière pendant des jours et des nuits, vous sentez physiquement le risque auquel ces personnes étaient exposées à cette époque et vous pouvez imaginer ce qui leur passait par la tête. Vous réalisez aussi qu’un simple mot mal choisi ou une expression spontanée pouvaient vous valoir comme punition l’expulsion, la prison, voire la mort. Quarante années de souffrances juste à cause de votre manière de penser, votre manière de vivre ou votre identité, c’est effrayant. On doit vraiment veiller à ce que cela ne se reproduise plus jamais.
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