Interview avec Juris Kursietis

Juris

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Interview avec Juris Kursietis (réalisateur)

D’où vous est venue cette histoire ?
Un ami avocat m'a parlé d'une affaire sur laquelle il travaillait. Cela s'est passé il y a plusieurs années, mais il s’en souvenait toujours très bien. Il s'en est d’ailleurs voulu de ne pas en avoir fait assez à l'époque. Cette histoire m'a profondément marqué, et elle m'est restée en tête pendant près d’un an.

Un jour de février 2011, je me suis réveillé et j'ai décidé d'écrire quelque chose à partir de ces évènements. Après, tout s'est passé très vite ; l'histoire a impressionné tous ceux à qui je l'ai montrée. En faire un film semblait naturel. Il n'a fallu que trois ans entre la première phrase et la sortie du film. Ce qui m’a semblé le plus important, c’était de retranscrire la vérité des faits.

L'acteur principal n'est pas professionnel : comment l'avez-vous trouvé ?
La Lettonie est un petit pays et le cinéma y est presque inexistant. Peu de choix s’offrait à nous. En y repensant, je suis satisfait de l’acteur que nous avons retenu. Nous avons tenu des séances de casting intensives pendant environ un an, et durant cette période, j'ai vu environ 1200 Modris potentiels.

Quelque part dans un coin de ma tête, je savais exactement ce que je cherchais, et dans la plupart des cas, je savais que le gars qui se tenait devant moi n'était pas Modris après les dix premières secondes. Puis un jour, ce type arrive. Il est naturel, la caméra ne l'effraie pas, et il improvise même. Nous nous sommes tous rendu compte que Modris, c’était lui. Comme une évidence !

Tous les acteurs sont-ils des non-professionnels ?
Les jeunes le sont. Les autres acteurs sont professionnels et même populaires en Lettonie. Parfois, un Letton peut se demander pourquoi cet acteur célèbre n'est apparu que dans une scène, mais c'était mon approche - aider les non-professionnels en ayant des acteurs expérimentés et confiants autour d'eux. Tout s’est déroulé à merveille ! Pour les non-professionnels, les professionnels semblaient tellement à l’aise qu’ils ne pensaient pas qu’ils jouaient.

Le film est perçu comme très réaliste, parfois même comme un documentaire. Quel est le secret de votre tournage ?
L'histoire est basée sur des faits réels. Je voulais que le film ait cette authenticité. Vous et moi ne savons pas ce qui va se passer dans une journée, dans une heure ou même dans cinq minutes, donc c'était aussi l'approche : les acteurs savaient très peu de choses sur ce qui allait se passer le jour du tournage. Ils n'avaient pas lu le scénario au préalable, et je leur ai donné la scène que nous allions tourner seulement une heure environ avant la première prise.

En quoi l'histoire est-elle importante en Lettonie et dans le reste du monde ?
Peu importe que vous habitiez en Lettonie, au Canada ou en Inde, les relations et les valeurs humaines sont les mêmes partout.

Ce film traite des relations et du pouvoir - entre les parents et leurs enfants, l'État et ses citoyens. À l'ère numérique, nous avançons toujours à grande vitesse. Tout se passe vite, et très souvent, nous oublions ce qui est le plus important. Je pense que ce film nous demande de nous arrêter un instant et de réfléchir à ce que nous sommes, à ce que nous faisons, à nos proches et à nous-mêmes.

Ce film montre comment la compassion et l'humanité sont oubliées - peut-être pas intentionnellement, mais parce que tout le monde essaie tellement de bien faire les choses. Ce dont nous avons tous vraiment besoin, c’est de vivre l’instant présent, s'asseoir, respirer profondément et communiquer entre nous.

Retour à Modris : Pari d’avenir