Interview avec Matthias von Gunten

Matthias von Gunten

Matthias von Gunten

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Interview avec Matthias von Gunten (Réalisateur)

Comment avez-vous eu l'idée de faire un documentaire sur Max Frisch ?
Ça vient tout simplement de mon intérêt pour cet auteur. Je l'ai découvert à 23 ans ; j'ai vu dans ses écrits une œuvre d'art. J'aimais son style et sa façon de penser la société et sa propre époque. L'idée de faire un film sur lui est venue 10 ans après, quand j'ai réalisé qu'en Suisse nous avons beaucoup de problèmes sociaux et politiques, mais peu d'intellectuels pour exprimer et dénoncer ces problèmes. À l'époque de Max Frisch c'était une évidence, les auteurs et les intellectuels prenaient part au débat public.

Après avoir travaillé sur ce film, pourquoi à votre avis les intellectuels n'interviennent plus dans les débats sociaux et politiques ?
C'est une question très complexe à laquelle je ne préfère pas répondre parce que je dirais certainement des bêtises. Il y a des théories à ce propos, mais ce n'est pas très clair pour moi. Peut-être est-ce que la logique de marché s'est emparée de l'art et la littérature. Je crois que le public ne le demande plus vraiment, et c'est donc moins intéressant pour les écrivains de s'investir.

Il faut aussi prendre en compte le contexte sociopolitique : entre la Seconde Guerre Mondiale et la fin de la Guerre Froide, il n'y avait que deux options, la gauche ou la droite. Maintenant les tensions se définissent selon différents paradigmes.

Quels étaient les défis à relever pour ce film ?
J'en mentionnerais trois. D'abord, trouver les bonnes personnes à interviewer. Je savais que j'avais besoin de personnes importantes, tout aussi intelligentes que Max Frisch. Si j'avais des personnes trop légères, le documentaire aurait perdu de sa crédibilité. Ça a été difficile d'avoir des interviews avec des gens comme Henri Kissinger. On a été en pourparlers pendant un an pour l'avoir, puis il a demandé 29 000$. Finalement on l'a interviewé sans payer.
Le deuxième défi était de trouver un langage visuel pour présenter les textes de Frisch sans les rendre obscurs, tout en donnant bien l'impression de regarder un film. On a mis trois mois à mettre au point la technique qui nous satisfaisait.
Enfin le troisième a été de faire le travail de recherche depuis le début : quels textes choisir, à quel moment les inclure, comment montrer le développement du projet ?

Comment votre film a-t-il été reçu par le grand public ?
Très bien ! Ici nous pouvons diffuser les documentaires en salle, nous avons donc eu généralement un bon accueil généralement. Nous avons eu plein de bonnes critiques dans les journaux et une bonne réaction par rapport à notre propos sur les intellectuels. D'ailleurs un journal a initié un mouvement en donnant page blanche à des intellectuels pour redonner de la flamme à la discussion publique, dans un rendez-vous régulier. Ça n'a malheureusement pas marché, c'est dommage. Mais ce n'est pas quelque chose que l'on peut imposer.

Y a-t-il des obstacles à faire un documentaire en Suisse ?
La Suisse est connue pour avoir une forte production de documentaires, nous avons donc de très bonnes conditions pour les financer et les produire. Chaque année il a y a beaucoup de documentaires produits qui sont présentés dans des festivals internationaux, puis distribués. On est plus fort en documentaire qu'en fiction. Il y a des avantages et des inconvénients à ça. D'un côté c'est génial parce que le documentaire est un genre populaire et reconnu. Mais le problème c'est que comme il y a tant de monde qui veut faire du documentaire, il y a une très grande concurrence.

Quels sont vos projets pour les prochains mois ?
Je travaille sur un grand documentaire. C'est sur deux lieux complètement opposés : d'une part la ville la plus au nord au monde, Thule au Groenland, et une petite île du Pacifique, Tuvalu, près de l'Équateur. Dans ces deux endroits diamétralement opposés, on retrouve un enjeu essentiel similaire : les habitants de Thule et Tuvalu vont devoir adapter leur façon de vivre à cause du réchauffement climatique. Ce n'est pas un film sur le climat, mais bien sur l'histoire de ces gens vivant la même tragédie.

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