Interview avec Michael Glover & Robyn Rosenkrantz

Glover

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Interview avec Michael Glover (réalisateur) et Robyn Rosenkrantz (productrice)

Comment avez-vous eu l’idée du scénario ?
Michael : Robyn et moi étions à Berlin pour tourner notre cinquième long-métrage. On voulait faire une comédie romantique, mais je voulais d’abord visiter la ville avant de boucler l’ébauche de scénario. On est alors allé faire le tour de Berlin, rencontrer des gens et aussi voir quels endroits et situations pourraient être appropriés au film. Nous avons eu énormément de soutien et suscité beaucoup d’intérêt. Les acteurs et l’équipe voulaient faire partie du projet. Et puis, on est rentré dans ce beau magasin français de Berlin, appelé « Le Flo », de « Florian », le propriétaire. On s’est très bien entendu avec Florian et lui avons demandé s’il était possible d’y tourner quelques scènes. Il a accepté. D’où le concept de « Go with Le Flo » : cet homme moitié allemand, moitié français, qui tombe toujours amoureux des femmes françaises (pas toujours de la bonne). Pendant ce temps, une Allemande, sa meilleure amie, se languit puisqu’elle est secrètement amoureuse. Quand nous avons eu l’endroit, la trame de la comédie et les acteurs, l’histoire s’est écrite d'elle-même. Je préfère connaître les acteurs avant d’écrire le scénario. Je trouve que c’est beaucoup plus simple, quand je connais déjà les acteurs, de « visualiser » les scènes pendant que j’écris.

Comment avez-vous choisi les acteurs ? Aviez-vous des critères particuliers ?
Robyn : Comme on parcourt le monde depuis 27 ans, en tant que membres de Bright Blue Gorilla, pour des concerts et des films, nous faisons la rencontre de personnes qui ont d’incroyables talents de création. Tous les deux ans, nous réunissons tous ces talents pour faire un film. Michael aime écrire des dialogues pour des acteurs en particulier, comme il l’a dit, ce qui fait que les rôles collent toujours parfaitement. Nous avions travaillé dans d’autres films avec Denis Aubert, un acteur français, et Roberta Bianchini, une actrice italienne. Nous savions donc qu’il était intéressant de travailler avec eux. Ce sont de bons amis dans la vie, donc ils ont une belle complicité en tournage ! Pour Jenny (l’Allemande qui aime Florian), nous avons dû chercher la bonne actrice. Nous avons fait la connaissance de Marian Senckel par l’intermédiaire d’un ami acteur. Dès qu’elle est arrivée, nous savions déjà qu’elle était notre Jenny ! Elle est avec le théâtre du Berliner Ensemble, et ils répètent beaucoup. Quand elle a parlé de Go with Le Flo à ses collègues du Berliner Ensemble, ils voulaient tous en faire partie. Le casting a donc été plus simple.

Comment se fait-il qu’un réalisateur américain finit-il par tourner à Berlin et en Europe, au lieu des États-Unis ?
Michael : Depuis longtemps, je voulais faire un film dans une langue étrangère. Go with Le Flo était notre cinquième film. Ce qui a accéléré les choses, c’est la proposition d’un de nos amis réalisateurs, Michael Schultz ; faites des recherches sur lui, il est formidable ! Lui et moi déjeunions un jour à Los Angeles à Farmer’s Market, et on discutait de nos projets. Je lui ai dit que je voulais faire une comédie romantique. Il m’a alors dit : « Pourquoi tu ne la ferais pas à Berlin ? C’est un bel endroit pour tourner. C’est très ouvert au cinéma. » J’y ai donc réfléchi. Robyn et moi en avons parlé. Nous avons écrit à plusieurs de nos amis qui tout de suite étaient enthousiastes. Alors on s’est dit qu’il fallait y aller et voir de nos propres yeux.

Robyn : On visite tout le temps l’Europe et on a toujours aimé Berlin. Nous y avons fait des concerts sympas et avons pu y rencontrer des gens formidables. On y avait donc des amis qu’on pouvait solliciter pour le tournage. Michael a réussi à mener la réalisation en langue étrangère, ce qui s’est très bien passé.

Michael : J’écris le scénario en anglais. Puis, nous avons des amis écrivains qui traduisent les scènes dans la langue voulue. Pendant la répétition, j’ai travaillé les scènes avec les acteurs, travaillé les séquences, l’humeur et le « statut » des personnages dans la scène. Tous les acteurs parlent anglais, donc il est facile d’échanger sur le sens, les nuances, le récit. Sur le tournage, j’ai un superviseur de scénario dans la langue d’origine. Cela fait en sorte que les acteurs donnent la réplique tel qu’écrit et ne manquent ni ne changent aucun mot. Lorsque je dirige une scène, je me concentre sur l’énergie des acteurs, le langage corporel, et la communication non-verbale. Beaucoup passe par la communication non-verbale, donc ça marche plutôt bien.

Quel est selon vous le message derrière Go with Le Flo ? Est-ce que c’est « rêve en grand » ? « Aime plus » ?  « Reviens sur terre » ?
Michael : « Ouvre les yeux et regarde où tu es. Regarde ce qu’il y a devant toi. Vis l’instant présent. » C’est certainement dans le film. La plupart d’entre nous vit soit dans le passé ou pense à l’avenir, souvent avec regret et parfois de la crainte. Si on se détend et qu’on regarde autour, on peut voir tout un tas de belles opportunités. Le personnage principal, Florian, est si obsédé par l’idée de la femme parfaite (qui lui vient de son enfance lorsqu’il regardait un film ancien), qu’il en fait une fixation et ne peut voir à quel point Jenny est formidable.

Robyn : Si on s’aimait plus, il y aurait beaucoup moins de problèmes dans le monde ! Il y a tellement d’amour sur notre plateau de tournage indépendant, parce que tous ceux qui y sont, ont voulu y être. Et pour pas cher. Nous nous réunissons par amour du cinéma, pour créer quelque chose de plus grand que nous, quelque chose de beau que l’on peut partager avec les autres.

Pouvez-vous parler à nos téléspectateurs, du projet Bright Blue Gorilla ? C’est plus que de la musique et du cinéma...

Robyn : Bright Blue Gorilla est un véritable style de vie consistant à faire de l’art pour l’art ! C’est un moyen de nous guider dans la vie et de faire ce que l’on aime. Notre objectif est d’apporter de la gaité à chaque personne que nous rencontrons, des gens pour qui nous jouons et qui regardent nos films. Nous parcourons le monde depuis 1990, quand nous avons quitté nos emplois, vendu tout ce que nous avions (à part les guitares) et acheté un aller simple pour Amsterdam. Notre rêve était de voyager et de faire de la musique. Nous avons choisi l’aventure sans jamais regarder derrière. Nous nous sommes mariés deux ans après notre départ, donc ça fait 25 ans de mariage !

Michael : Ça s’est si vite passé. J’ai l’impression que ça fait 25 mois. C’est drôle, mais nous faisons nos tournées comme il y a 27 ans. On voyage par train, normalement. Pas de roadies. On est entre nous ! On s’est mis à faire du cinéma lorsqu’on a joué dans The Last Shot, avec Alec Baldwin et Matthew Broderick. C’était une grosse étape. Donc on a décidé avec notre chèque d’Hollywood de se procurer une caméra. On s’est longtemps dit qu’on ferait nous-mêmes nos longs-métrages. Et quand cette occasion s’est présentée, c’était la dernière pièce du puzzle. Plusieurs de nos amis étaient acteurs. Ils avaient déjà écrit des pièces de théâtre ou des scénarios. Donc tous les éléments étaient présents.

Robyn : Nous aimons le processus de création d’un long-métrage. C’est un tel effort collectif, du moins de la façon dont nous nous y prenons. Ça convient aussi parfaitement à notre vie de musiciens ambulants. Nous nous sentons privilégiés de partager nos films et notre musique avec les téléspectateurs d’Eurochannel. Nous souhaitons encourager d’autres personnes à vivre leurs passions !

Après avoir été à Hollywood, maintenant que vous faites des films indépendants, à quels défis doit faire face un cinéaste aujourd’hui ?
Michael : À cause de la révolution numérique, l’aspect technique de la production d’un film est aujourd’hui à la portée de tous. Mais le truc, c’est de toujours avoir une bonne histoire. Je passe beaucoup de temps à penser à l’histoire avant d’écrire un scénario et de commencer le tournage. Nous prenons notre temps et nous nous assurons d’avoir quelque chose d’intéressant et de divertissant avant de tourner. L’histoire passe avant tout. L’aspect technique de la production arrive loin derrière.

Robyn : Je pense que le problème pour les cinéastes, c'est de trouver un distributeur qui aime vraiment l’art, et pas juste l’argent. Nos films sont vraiment originaux. La plupart des films d’Hollywood sont des copies. Il faut vraiment trouver des gens spéciaux pour nous aider à diffuser nos films. Eurochannel était une belle trouvaille pour nous, autant que notre co-producteur/distributeur Under the Milky Way.

Travaillez-vous en ce moment sur un projet ? Pouvez-vous nous en parler ?
Michael : Nous commençons la promotion de Mr. Rudolpho’s Jubilee, notre sixième long-métrage ! Étonnant le chemin qu’on a parcouru.  

Robyn :  Nous avons invité plusieurs des formidables acteurs de Go with Le Flo à participer à Mr. Rudolpho’s Jubilee. C’est aussi une comédie romantique, avec des éléments surréalistes.  Bright Blue Gorilla joue un chœur grec, qui chante au public et qui est invisible aux personnages. Nous avons tourné à Berlin et en Italie, avec 300 artistes de 36 pays. C’est en trois langues cette fois :  Anglais, Allemand et Italien.  Pour le film, nous faisons une tournée aux États-Unis et en Europe à l’automne, et en Australie et Nouvelle-Zélande en 2018.   Michael a tant de bonnes idées. Il écrit déjà notre septième et huitième long-métrage ! Nous avons été si reconnaissants envers les amateurs de cinéma du monde entier, qui ont donné à la Gorilla Film Fund !

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