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Interview avec Vladimir Karabnov (réalisateur) Comment vous est venue l'idée de faire un film racontant l'histoire d'un cirque et d'un éléphant ? J'essaie dans tous mes films de parler d'un sujet à la fois clair, simple et métaphorique. J'aime parler de choses à la fois imaginaires et sensées. C'est pourquoi j'ai lu le scénario, écrit il y a 10 ans par le talentueux Aleksandr Dorbinian. Durant ses années d'études, il gagnait un peu d'argent en nettoyant le crottin d'éléphant au cirque Duroy. Ces dix dernières années, presque tous les producteurs de Moscou ont lu son scénario mais personne n'était intéressé pour l'adapter au cinéma. Moi, j'ai vu énormément de potentiel dans cette histoire : un éléphant, ce n'est pas un chien ou un chat. C'est un animal gigantesque, exotique, et profondément gentil. J'ai compris que l'éléphant est une métaphore du miracle, vous savez le miracle que chacun cherche et attend de la vie. Le genre de miracle qui redonne un sens à la vie, à la condition humaine. Quand j'ai lu le scénario original, certains personnages ont retenu mon attention : l'éléphant, le chauffeur de camion, la fille du cirque, et la troupe. J'ai aussi beaucoup aimé deux scènes en particulier : celle ou l'éléphant tombe malade et doit se faire piquer, et celle où le chauffeur enmène l'éléphant voir son enfant. J'ai coupé le reste, pour en faire un autre genre d'histoire. Le scénariste était un peu vexé, mais il nous avait vendu le scénario. Quand nous avons bouclé la première version du film, j'ai appelé Aleksandr et je l'ai invité à l'avant-première du film. Je pensais qu'il se réjouirait du travail que nous avions accompli... quand j'ai appris la terrible nouvelle. Il est mort à peine un mois avant la projection. C'est vraiment frustrant et triste de ne pas pouvoir remercier la personne qui vous a inspiré à faire un si beau projet. Je pensais qu'il serait satisfait par le film, et qu'il nous permettrait de régler nos différends, mais la vie en a décidé autrement. Comment se fait-il qu'un musicien finisse réalisateur ? J'ai fait des études de musique depuis l'âge de six ans, d'abord à la Special Music School for Gifted Students, puis au conservatoire de Kiev, et j'ai ensuite fait des études supérieures au conservatoire de Moscou. J'étais un vrai fanatique, je m'entraînais parfois jusqu'à 10 heures par jours. La scène, c'était ma drogue, mon paradis. Après avoir été diplomé du conservatoire de Moscou, j'étais censé voyager en Belgique avec mon quatuor à cordes. Une semaine avant le départ, j'ai vu une publicité proposant des études supérieures de scénaristes. Je suis allée dans cette école mais tous les cours étaient complets. J'ai inventé une histoire, longuement parlé avec une dame de l'accueille, d'ailleurs très désagréable, et l'ai finalement convaincue de ma motivation. Je suis sortie de l'école avec une liste de documents à rendre pour mon inscription. Je suis rentré chez moi, et j'ai commencé à écrire ma biographie d'une « manière artistique », comme il était demandé. C'est la première fois que j'ai du prendre du recul sur tout ce que j'avais accompli dans ma vie jusque là. Et mis bout à bout, toutes les choses que j'avais faite décrivaient un homme que je ne reconnaissais pas. C'est fou à quel point on se connaît mal, parfois ! J'ai fait tout ce qu'on me demandait, et on m'a finalement accepté dans la classe d'Abadashian. La vieille femme qui m'avait accueilli le premier jour est en fait une femme merveilleuse, elle est devenue ma marraine dans le monde du cinéma. J'ai du travailler nui et jour, et n'avais plus de temps pour la musique. Après beaucoup de cours avec des professeurs formidables, je me suis finalement jeté à l'eau et j'ai commencé à écrire mes propres scénarios. Finalement, la musique et le cinéma ne sont pas si différents. Qu'est-ce-qui a été le plus difficile, le plus stimulant pendant le tournage d'Élephant ? Il est connu que les animaux et les enfants sont les meilleurs acteurs. Il était donc difficile pour les autres personnages d'avoir la même présence sur scène. Choisir les acteurs a été un travail méticuleux. L'acteur pricipal, Sergey Shnurov, qui est en fait un musicien professionnel était vraiment naturel, comme l'éléphant. Anastasia Smetanina a très vite compris ce qu'on attendait d'elle. Mais ce n'était pas toujours facile, il a fallu faire en sorte que tout le monde reste naturel et spontané, tout au long du tournage. Les acteurs n'avaient jamais de texte écrit et apprenaient le scénario sur le tas, au moment du tournage. Avez-vous des anecdotes amusantes à nous raconter ? Peut-être lorsque vous tourniez des scènes avec Bodhi... Je peux vous dire un secret : si vous apercevez un jour un éléphant, c'est qu'il y'en a d'autres pas très loin. Nous avons passé beaucoup de temps à chercher l'animal qui conviendrait : quand nous avons finalement trouvé Bodhi, il était constamment avec deux autres éléphants : Jenny et Magda. Ils étaient tellement proches que si vous les sépariez de plus de sept mètres, ils devenaient nerveux, couraient l'un envers l'autre et détruisant tout sur leur passage. Cela devenait parfois difficile et compliquait le tournage, mais nous avons aussi appris à utiliser cette proximité à notre avantage. Plus ils étaient loin les uns des autres, et plus ils couraient vite. Même si nous avions d'excellents dompteurs, nous avons du faire face à quelques situations cocasses voire très dangereuses. Vous tourniez donc avec un éléphant sur le plateau : avez-vous du faire face à des plaintes d'activistes du droit des animaux ? Les réactions des gens sont vraiment drôles et sincères : certains prennent des photos d'un éléphant mangeant du chou. Il y avait aussi un paysant biélorusse qui n'a pas compris ce qu'un éléphant faisait dans son jardin à 5h du matin. Un berger a cru qu'il avait perdu la tête et surement trop bu quand il a aperçu l'éléphant. |




