Interview de Jirí Svoboda - Réalisateur

Jiri_Svoboda

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Interview de Jirí Svoboda - Réalisateur

Vous avez réalisé le film La Chute d’un Empire pour les cent ans de la République. Pourquoi avoir choisi notre premier ministre des Finances ?
Alois Rašín a été ministre des Finances pendant moins de huit mois. Pendant les six premiers mois, de janvier à juin 1919, il a réussi à séparer la monnaie tchécoslovaque de la monnaie autrichienne, en empêchant ainsi l’hyper-inflation qui a par la suite grandement affecté tous les états voisins. Son importance a été passée au second plan pendant la Première République par la glorification unilatérale de TG Masaryk et d’E. Beneš. Pendant le Protectorat de la Bohême et de la Moravie, son nom est tombé aux oubliettes à cause des activités anti-nazies de son fils, Ladislav. Après 1948, il a carrément disparu de l’histoire.

Si vous deviez le décrire en quelques mots, que diriez-vous ?
Sans hésiter que c’était une personne avec des capacités intellectuelles remarquables. D’ailleurs, pendant ses deux ans de prison à Bory, Pilsen, il a lu des dizaines de livres, appris l’anglais tellement bien qu’il a pu traduire un livre sur l’économie d’un auteur anglais. Il avait une force de volonté et une discipline incroyables. Je pense que si nous devions faire la liste de toutes ses qualités, elle serait extrêmement longue.

Pourquoi avez-vous choisi Ondřej Vetchý pour le rôle principal ?
Je ne pense pas que j’aurais pu trouver mieux pour l’interpréter. Ondřej est dynamique, explosif mais il est également très sympathique.

Les femmes de ces deux hommes politiques sont aussi importantes dans la série. Comment percevez-vous leur rôle ?
Karla Rašínová est tombée amoureuse de Rašín à 14 ans. Lorsque son mari était incarcéré à Vienne et condamné à mort, elle l’avait partiellement perdu. Elle a dû parallèlement s’occuper de ses trois enfants à une époque de pénuries croissantes. Il lui décrivait les difficultés qu’il rencontrait par courrier. Elle n’a jamais éprouvé le moindre regret. Zuzana Stivínová a parfaitement interprété ces sentiments.

Nadezhda est tombée amoureuse de Kramár, elle était mère de quatre enfants. Elle possédait une grande maison construite sur la Crimée. Elle avait du caractère. D’après certaines rumeurs, elle serait devenue hystérique lors de l’incarcération de son mari. Elle possédait également la maison de Kramár construite à Prague qui est maintenant le siège du gouvernement tchèque. L’idée de Kramár du “néo-slavisme” a précédé l’influence de Naděžda, qui lui est souvent attribué. Néanmoins, il est vrai qu’il a partiellement sacrifié sa carrière pour sa femme.

Cela a-t-il été difficile de faire une série historique dans la ville de Prague contemporaine ?
Aujourd’hui, c’est presque impossible. Les couleurs des façades, les vitrines des boutiques et le reste ont changé. Nous avons eu de la chance d’être soutenus par la Fondation Hlávek qui nous a permis de tourner à l’intérieur du château à Hlávek.

Lorsque vous étudiez le sujet, vous avez également rencontré l’arrière-petite-fille
d’Alois Rašín. Comment cela vous a-t-il aidé ?
Je voulais voir l’intérieur de la maison de Rašín pour la préparation. Son arrière-petite-fille, Karolina Breitenmoser-Stransky a rendu cela possible. Dès le début, elle s’est intéressée au projet. En revanche, elle avait eu une mauvaise expérience sur la manière dont avait été dépeint son arrière-grand-père dans le passé. C’est pourquoi, elle était très méfiante au début. Quand elle a compris mes intentions et m’a fait confiance, elle m’a transmis de nombreux documents et photographies de Suisse où elle vivait. Cela a été extrêmement utile.

La série est inspirée par des événements historiques mais quelle est la part de fiction ?
Bien sûr, la fiction est inévitable dans une production télévisée. Je ne voulais pas tourner un livre. Je pense que dans des films sur des personnages réels, il est impossible de mentir.

*Courtoisie de la télévision tchèque

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