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La Lettonie et sa production audiovisuelle
Pour ceux qui ont eu la chance de le visiter, la Lettonie est un pays qui enchante et émerveille. Une douce mélodie flotte dans l’air de ce pays balte, puisqu’environ la moitié de la population pratique une activité artistique. L'Opéra national et l'Orchestre symphonique national sont fréquentés par de nombreux lettons, tout comme les festivals nationaux du Chant et de la Danse, nés il y a plus de 150 ans. Ces célébrations ont d’ailleurs été primées auprès de l’UNESCO dans la liste des chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel. La Lettonie fait partie de l’Union Européenne depuis 2004, et cette année sa capitale, Riga, véritable carrefour économique et politique qui regroupe un tiers de la population nationale, sera la capitale européenne de la culture. Quelle est alors la place du cinéma dans ce pays si enclin à valoriser les activités artistiques ?
Les débuts Quelques mois après la naissance du cinéma en France, le 7ème art a vu le jour en Lettonie. Le premier film tourné dans le pays fut un documentaire décrivant l'inauguration d'un monument dédié à Pierre I dna sla capitale. Malgré la domination soviétique suite à la seconde guerre mondiale, le XXème siècle reste florissant pour le cinéma letton, comme le suggèrent plusieurs œuvres ; The story of a Latvian Rifleman (1957) dirigé par Pavels Armands, Tobago Changes Its Course (1965) de Aleksandras Laimais, ou encore Is it easy to be young ? (1986), sur la jeunesse letonne, de Juris Podnieks. Durant ces années glorieuses, les studios employaient 800 personnes et ont produit 134 films. On peut également signaler le Cuirassé Potemkine (1925), de Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein, véritable figure du cinéma soviétique. Ce realisateur, fils du célèbre ingénieur Mikhail Eisenstein à l’origine de nombreuses réalisations architecturales de style « art nouveau » dans la ville de Roja, est souvent décrit comme russe, à tort, puisqu’il est né dans la capitale letonne.
La période de crise En 1991, la Lettonie retrouve son indépendance et désire s’affirmer dans le milieu du cinéma, mais son industrie va mal. Le centre national letton de la cinématographie est alors créé sous l’autorité du ministère de la culture. Ses objectifs sont divers : gérer le soutien financier du gouvernement, préserver l’héritage audiovisuel national, promouvoir les films lettons à l’étranger et coopérer avec les organismes nationaux. Des studios tels que RigaFilm sont privatisés en 1998 et sont convertis en prestataires de service : le tournage de coproductions internationales et la location de moyens de tournage aux compagnies publicitaires et aux chaines de télévision ont permis aux studios de rester en activité. Malgré cela, la subvention publique reste la principale source de financement du cinéma letton. En 2009, le pays subit une nouvelle crise. Comme plusieurs pays européens, la Lettonie est touchée par la crise financière. Le plus célèbre festival letton, l’Arsenal’s, se voit obligé de fermer ses portes pour cause de manque de financement. L’organisation publique fait alors tout son possible pour maintenir les petites industries du cinéma à flot. Le Centre de la cinématographie letton voit son budget presque réduit de moitié en 2010 - il passe de 4 à 2,2 millions d'euros-. Selon sa directrice, Ilze Gailite-Holmberga, le nombre de films soutenus - trois à quatre longs métrages, quinze documentaires et quinze courts par an - doit être amputé et les coproductions avoir la priorité.
Vers un nouveau souffle Pour palier à ce phénomène, de nouvelles mesures sont mises en place. En 2010, la Ville de Riga a annoncé le lancement du Fonds pour le cinéma de Riga. L’initiative de cofinancement est ouverte aux productions lettones et étrangères ayant l’intention de tourner à Riga. Elle vise à encourager les investissements dans la capitale, créer de nouveaux emplois, développer l’industrie cinématographique lettone et promouvoir la ville de Riga sur la scène internationale. Le Fonds permet à la Lettonie d’être compétitive parmi les États baltes. Cette politique de financement, favorable pour les investisseurs, lui permet d’avoir un avantage significatif sur le marché européen et d’attirer des productions étrangères. En 2011, les salles ont attiré plus de 2 millions de spectateurs alors que leur nombre est limité ; le pays n’en compte que 26 ! Le prix du billet est faible – 4€ en moyenne – mais reste toutefois élevé par rapport au PIB de $ 14,500. L’état a distribué près de 2 millions d’euros de financement, mais malgré cela, les films américains restent les plus diffusés.
Festivals et récompenses La Lettonie regorge de festivals très célèbres, qui mettent en avant différents types de programmes : en Mars se tient le Festival de Berimors, qui promeut les films pour enfants. Mi-mars se tient également le festival des films d’animation à Riga, le plus important de son genre dans les pays baltiques. Enfin, le « Nordic Film Days » a lieu en octobre et réunit des films venus d’Islande, Finlande, Suède, Norvège et Danemark. Plusieurs réalisateurs ont su s’illustrer lors du siècle dernier. L’un des plus célèbres reste Janis Streics, qui fait la fierté du cinéma letton. Il est aimé pour ses films très humains, chaleureux et drôles décrivant la campagne lettone. En 1978,1981 et 1991, il reçoit le prix du meilleur film letton pour ces long-métrages Teātris, Limuzīns Jāņu nakts krāsā et Cilvēka bērns, et était en lice la même année pour le festival international des films pour enfants de Chicago. En 2013, le long-métrage Maman, je t’aime rafle de nombreuses récompenses sur tous les continents et représente la Lettonie aux Oscars pour le meilleur film en langue étrangère.
La Lettonie sur Eurochannel Eurochannel a su mettre la Lettonie à l’honneur au cours de ces dernières années, principalement lors des Tours de courts-métrage. En effet, lors de la dernière édition dédiée à la Femme en Europe, le très touchant court-métrage de Darja Polakova intitulé Zoé (2011), capturant la vie d’un jeune couple, a été ajouté à la programmation. Le cinéma letton a également été mis en avant lors des quatrièmes et troisièmes tours. Essaye-les (2010), réalisé par le très talentueux Aleksanders Rusevics, qui retrace l’histoire d’une cheminote qui découvre quelque chose dont elle rêvait étant jeune, et Signs of Light (2010) d’Ilze Kunga, racontant la rencontre amoureuse d’un quarantenaire célibataire avec sa voisine, le soulignent. Enfin, lors de la deuxième édition, un court-métrage letton était déjà diffusé ; Sesils (2009), réalisé par Robert Kulenko, raconte l’histoire d’un jeune homme ordinaire qui devient particulièrement agacé par une mouche qui le suit partout. Les films documentaires ne sont pas en reste, puisque la chaine en a déjà programmé 4 au cours des dernières années. Enfin, une coproduction d’Aleksanders Petukhovs (Lettonie) et d’Alexander Hahn (Autriche) intitulé le dernier film soviétique (2003) relate le désir d’un jeune américain de retracer l’histoire de ses ancêtres afin de découvrir leur implication dans la révolution russe.
Le cinéma letton rencontre donc des difficultés financières pour s’étendre et s‘enrichir, mais plusieurs très belles réalisations ont vu le jour ces dernières années et ont été primées. Ces long/court-métrages ou documentaires sont l’occasion de découvrir un pays méconnu du grand public, noyé dans l’appellation « pays baltes », qui a du mal à trouver une identité propre au sein du monde.
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