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La Wallonie et sa production audiovisuelle
La palme d’or du festival de Cannes : si beaucoup de réalisateurs en rêvent, peu sont ceux qui peuvent s’enorgueillir d’avoir reçu cette distinction. C’est alors qu’en 2005, un film wallon, L ’enfant, des frères Dardennes (Jean-Pierre et Luc), reçoit ce prix. Le cinéma belge et plus particulièrement le cinéma wallon est alors en pleine ébullition.
Le contexte politique En 1830, date de son indépendance d’avec les Pays-Bas, la Belgique se divise en deux entités géographiques et culturelles distinctes. On parlera de la Flandre au Nord du pays (région néerlandophone) et de la Wallonie au Sud (région francophone). Les deux régions géographiques ont alors un essor économique différent et des aspirations sociales divergentes. La scission linguistique et économique dérive donc progressivement vers la sphère politique. Les oppositions entre les deux régions sont de plus en plus fortes et pleines de revendications et c’est ainsi qu’en 1993, la Belgique devient officiellement un Etat fédéral dans lequel coexistent deux communautés culturelles et linguistiques majeures (auxquelles il faut rajouter la communauté germanophone). Les autorités belges décident alors de transférer aux trois régions linguistiques (communauté néerlandophone, communauté francophone, communauté germanophone) certaines compétences du gouvernement fédéral notamment les matières culturelles dont l’audiovisuel fait partie. La communauté française de Belgique – qui dispose de son propre parlement et gouvernement – exerce donc les compétences suivantes : enseignement, culture, soins, jeunesse, sport. C’est ainsi dans un contexte très politique que la Wallonie s’est développée y compris en ce qui concerne son industrie audiovisuelle.
L’industrie télévisuelle wallonne C‘est le 2 juin 1953 que débute la télévision en Belgique. L’INR (Institut National de Radiodiffusion) qui s’était vu attribué l’usage exclusif des trois longueurs d’onde accordées à la Belgique devient en 1960 la RTB (Radio-Télévision Belge), qui deviendra plus tard la RTBF (Radio-Télévision belge de la Communauté française). Aujourd’hui, la RTBF opère quatre chaînes de télévision destinées à la communauté française qui sont La Une, La Deux, La Trois, Arte Belgique. Avec des agendas culturels réguliers, des émissions de cinéma, d’autres consacrées aux événements culturels régionaux, les chaînes du service public produisent et diffusent de nombreuses émissions qui mettent en évidence les richesses et particularités de la culture en Communauté française. Elles le font à travers des séries télévisuelles de fiction telles A tort ou à raison ou bien Melting Pot Café mais encore au travers des documentaires de création comme Tout ça. La RTBF est donc un partenaire majeur de la production d’œuvres audiovisuelles en Communauté française. En 2009, elle a investi un total de 7 043 408 € dans cette industrie. LA RTBF doit également affecter une partie de son chiffre d’affaire à des contrats avec des producteurs indépendants (exemple : Melting Pot Café). La production documentaire est la marque de fabrique de la RTBF ; elle représente 20% de ses investissements. Enfin, la chaîne de service public a l’obligation de diffuser au minimum 50 % d’œuvres européennes sur l’ensemble des œuvres de fiction programmées. La RTBF prévoit même des cases de diffusion spéciale pour le cinéma belge et dans Tout court, on peut avoir des informations sur toutes les nouveautés des courts métrages de la Belgique francophone. Mais l’horizon télévisuel wallon ne s’arrête pas là. Dès 1976, la communauté française autorise les télévisions locales telles Antenne Centre ou RTC Télé Liège. La communauté française compte 12 télévisions locales, réunies au sein de la Fédération des télévisions locales (crée en 1978). A cette kyrielle de chaînes télévisées wallonnes s’ajoutent les télévisions privées comme AB4 ou Be1. Ainsi la communauté française de Wallonie peut voir tous types de programmes allant de l’information au sport, en passant par des séries télévisées. AB3 sera donc plus spécialisée dans la diffusion de films américains récents, AB4 dans la diffusion de films français. Quant à Be1 elle se veut la chaîne de première diffusion du cinéma belge. Ainsi par exemple en 2012, sur un échantillon d’une semaine du 3 mai au 9 mai 2012, le téléspectateur wallon a pu voir plus de 210 heures de production belge francophone dont 66 heures d’information et 48 heures de documentaire. Il est important de dire tout de même que dans un petit marché comme celui de la communauté française au sein d'un petit pays, le maintien d’une production locale de programme de qualité repose sur la détermination et souvent l’audace de créatifs qui prennent des risques jour après jour.
Le cinéma Wallon Le cinéma wallon a cette particularité d’être un cinéma très ancré dans le réel. Ainsi, même avec l’évolution de cette industrie dans le temps, les différentes œuvres cinématographiques wallonnes retracent la vie de ses habitants, souvent des travailleurs (parfois immigrés). On assiste alors à des histoires de solidarité, d’échec, de fragilité et de rêve de vie meilleure amplement encouragée par le climat social et politique qu’a connu la Wallonie. Ainsi, avec Paul Meyer – dit de ses pairs comme le père du cinéma wallon - et dans son film Déjà s’envole la fleur maigre on peut apercevoir les dernières heures d’une certaine Wallonie du sillon industriel. En 1999, c’est un film wallon, Rosetta qui reçoit la palme d’or au festival de Cannes. À cette époque, le cinéma wallon manque de moyen et Serge Kubla, le ministre de l’Economie du gouvernement wallon de l’époque déclare : « C’est comme si on avait du pétrole qui jaillit du sol en Wallonie et pas de raffinerie. Tout ce qu’on peut faire c’est regarder ce pétrole couler au mieux vers Bruxelles, au pire vers Paris ». Il a donc fallu construire des «raffineries». Wallimage a été conçu pour construire celles-ci. Le texte original prétend que Wallimage est le fonds d’investissement wallon dans l’audiovisuel qui a pour but de « structurer l’industrie naissante de l’audiovisuel en région Wallonne ». Le Wallonie se rend donc petit à petit compte du poids potentiel de son cinéma et décide donc de promouvoir cette industrie. Wallonie Bruxelles Image l’agence officielle de la promotion internationale de l’audiovisuelle de Wallonie-Bruxelles est donc créée en 1984. Grâce à toutes ces transformations et grâce à ce début de prise de conscience du potentiel du cinéma wallon, la région du sud de la Belgique a su mettre en place un système de promotion de son industrie cinématographique et Jean-Claude Marcourt – actuel ministre wallon de l’Economie - de déclarer : « En quelques années, la Wallonie est parvenue à créer une nouvelle filière industrielle qui génère plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaire et plusieurs centaines d’emplois pérennes ». L’audiovisuel wallon (cinéma, séries télévisées, courts métrages…) a donc pris du poids et s’affirme de plus en plus depuis quelques années, mais quels sont les paramètres qui ont permis et qui permettent aujourd’hui à cette industrie de se développer ?
Les soutiens disponibles à la production télévisuelle et cinématographique wallonne Sylvain Goldberg a dit : « Je suis convaincu que d’excellentes idées ne voient jamais le jour, fautes de moyens alloués aux pilotes, aux teasers ou aux présentations, essentiels à la vente de projets ». Cette phrase riche de sens nous montre à quel point des aides sont nécessaires à la promotion télévisuelle wallonne. Dans le but de développer cette industrie des aides et des financements sont prévus. La ministre de l’audiovisuel, Fadila Laanan a ainsi déclaré le 19 mars 2014 que la commission européenne était d’accord pour accorder des fonds (15 millions d’Euros) étalés sur 4 ans pour financer le développement et la réalisation de fictions télévisuelles francophones belges de qualité. Le fonds FWB-RTBF est un instrument financier commun qui a donc pour but de soutenir le développement et la production de nouvelles séries télévisées belges francophones. L’on peut aussi parler de Wallonie Image Production (WIP) qui, né au début des années 80, est un atelier subventionné permettant de développer la production de projets de films documentaires destinés à la télévision. L'industrie cinématographique wallone bénéficie également de différentes aides, a l'instar du Tax Shelter, un instrument fiscal fédéral destiné à soutenir la production et la création d’œuvres audiovisuelles belges. Il s’agit d’une niche fiscal qui permet aux entreprises de l’audiovisuel belge (plus particulièrement du cinéma) de déduire une partie de leurs impôts pour les encourager à investir dans cette industrie audiovisuelle. D’autres aides sont prévues pour aider cette filière cinématographique. L’on peut parler de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui compte aujourd’hui 13 ateliers de production qui œuvrent de manière complémentaire au soutien et à l’accompagnement des auteurs et de leur film. Le Fonds régional Wallimage est un autre instrument d’aide au développement du cinéma wallon. Wallimage c’est, avec la Ligne Wallonie, 2,5 millions d’euros alimentés à 100% par la région wallonne qui sont déversés intelligemment dans le secteur cinématographique wallon. Le Service Général de l’Audiovisuel et des Multimédia pour le cinéma et l’audiovisuel aide aussi à la promotion et à la diffusion du cinéma belge francophone. Nous pouvons aussi parler du Réseau Action Culturelle Cinéma (RACC) qui est une instance créée en 1973 par le ministère de la Communauté française et qui a pour objectif de donner une possibilité de diffusion plus large à des films contemporains wallons peu exploités. Eurimages créé en 1988 est quant à lui le fonds du conseil de l’Europe pour l’aide à la coproduction, à la distribution et à l’exploitation d’œuvres cinématographiques européennes et œuvre aussi au développement du cinéma européen donc du cinéma wallon en partie. D'autres entités agissent en faveur de la production audiovisuelle wallonne, comme le cluster TWIST. TWIST, qui signifie « Technologies Wallonnes de l’Image, du Son, et du Texte » regroupe les acteurs de l’industrie cinématographique et télévisuelle. Il s’agit d’un réseau d’affaire wallon qui réunit l’ensemble des acteurs de l’audiovisuel. Il regroupe des sociétés privées, universités, centres de recherches, centres de formation, autorités publiques… Créé en 2007, il tente notamment de renforcer les synergies entre les sociétés de ce secteur. Cette filière en perpétuelle évolution allie la technologie à la création nécessitant ainsi des collaborations importantes entre différentes structures. Il est donc primordial pour une association comme le cluster TWIST de permettre les rencontres entre professionnels du secteur. La Gsara, reconnue par la fédération Wallonie-Bruxelles comme mouvement d’éducation permanente, aide aussi au développement de la filière audiovisuelle wallonne. En tant qu’Organisme d’Insertion Socioprofessionnelle (OISP), le Gsara organise un programme de formations orienté vers les métiers de la communication. Mais la Gsara a aussi un service de production qui produit des documentaires à caractère social. La Gsara organise aussi le festival « Filmer à tout prix » qui réunit en Belgique francophone de nombreux réalisateurs de courts métrages du monde entier. La production audiovisuelle wallonne (cinéma, séries télévisées, documentaires…) a donc trouvé de nombreuses aides de la part des instances politiques wallonnes, de certaines entités européennes et de particuliers qui souhaitent voir cette industrie se développer.
L'attractivité du cinéma belge Si le cinéma wallon a pu, à une certaine époque, être très négligé par le public et manquer de moyens ; aujourd’hui, l’industrie cinématographique wallonne est de plus en plus reconnue. Il suffit de voir le succès qu’a une œuvre telle qu’Ernest et Celestine (ici film d’animation). Ce cinéma wallon est donc en mouvement, c’est une industrie prometteuse et jeune qui a une identité forte. Dominique Païni, définit le cinéma wallon comme « un des plus singuliers du monde: ce sont des artistes qui ont « fait » [ce] cinéma, non des auteurs ; il y a là une spécificité extraordinaire, entre trivialité et beaux-arts ». Il en est de même pour les séries télévisées et les documentaires wallons qui ont une véritable âme wallonne. De nombreux festivals audiovisuels sont organisés chaque année en Wallonie. On peut distinguer le festival du film européen de Bruxelles qui tente de faire découvrir les nouveaux longs-métrages de fictions européens, le festival international du film d’amour de Mons qui, créé en 1984, propose des films ayant pour thème central l’amour, et le festival du film francophone de Namur qui depuis 1986, promeut et diffuse des courts-métrages et des longs métrages de fiction d’animation ou documentaires, reflets de la diversité de la francophonie. On trouve également des festivals dédiés à la production documentaire comme le Weekend du documentaire, qui promeut et valorise le cinéma documentaire belge francophone.
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