Le réalisateur roumain Marian Crisan réinvente la littérature classique dans Proies



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Le réalisateur roumain Marian Crisan réinvente la littérature classique dans Proies


Le dernier film du réalisateur Marian Crișan, Proies transpose à notre époque une nouvelle roumaine du XIXᵉ siècle, en transformant Moara cu Noroc (Le Moulin de la chance) d’Ioan Slavici en ce qu’il définit comme un thriller minimaliste, avec comme toile de fond les forêts transylvaniennes et les réseaux d’exploitation forestière illégale.

Votre film Proies a été présenté en avant-première au Festival du film Black Nights de Tallinn. Comment le public international a-t-il réagi à cette adaptation de la littérature roumaine ?
Ce qui est intéressant, c’est que l’histoire fonctionne de manière universelle, même pour des spectateurs qui ne connaissent pas l’œuvre originale de Slavici. Ils l’ont perçu comme un film à suspense, un récit chargé de tension. Ce qui a particulièrement retenu leur attention, c’est le contexte de la déforestation illégale en Roumanie, un sujet qui a bénéficié d’une certaine couverture médiatique internationale.
Les relations humaines créées par Slavici en 1850 sont intemporelles, car elles sont enracinées dans l’émotion. Il s’agit d’une famille en crise, une situation que tout le monde peut comprendre.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter cette nouvelle en particulier ?
Cette histoire me touche beaucoup depuis le lycée, lorsque je l’ai lue pour la première fois. J’ai été attiré par son atmosphère et sa force visuelle. Lors de la réalisation de mes films précédents, Morgen et Rocker, j’ai relu le livre et j’ai commencé à le ré-imaginer. Je me suis demandé : à quoi ressemblerait cette famille aujourd’hui ? Pourquoi tiendrait-elle une auberge de montagne à notre époque ?
Le travail d’écriture a duré environ deux ans, et je revisionnais sans cesse l’adaptation cinématographique classique de Victor Iliu, réalisée en 1955, qui est un chef-d’œuvre. Le défi était justement de rendre hommage à ce classique.

 

Vous avez considérablement actualisé l’histoire. Dans la version originale, des bandits attaquent une diligence. Quel est votre équivalent moderne ?
Nous l’avons transformée en un accident de voiture, un véhicule tombé dans un ravin. C’était une séquence assez lourde à tourner. J’ai également modifié la fin, et je ne suis pas sûr que Slavici m’en remercierait s’il était encore en vie aujourd’hui.

Pourquoi la scène de vos films se déroule-t-elle toujours en Transylvanie ?
Je m’y sens chez moi. Je reste profondément attaché à cet endroit et je me reconnais dans le tempérament des gens. C’est un autre angle depuis lequel on peut regarder la Roumanie. J’ai le sentiment de pouvoir y être honnête et sincère, de parler avec le cœur.
Nous avons tourné principalement à Băișoara, dans les monts Apuseni, autour des gorges de Turda, en utilisant autant que possible les paysages sauvages de montagne.

Le cinéma roumain est souvent qualifié de minimaliste. Comment cela influence-t-il la réalisation d’un thriller ?
Parfois, le minimalisme n’est pas seulement un choix artistique, c’est aussi une question de réalité de production. On n’a pas toujours les moyens de faire un cinéma autre que minimaliste. C’est un thriller sans explosions ni tueurs en série, quelque chose de plus adapté à notre contexte. Nous manquons également d’une tradition de littérature de genre en Roumanie, en particulier de thrillers pouvant nourrir le cinéma. Mais il existe un public fidèle et bien établi pour le cinéma roumain, qui s’est développé au cours de la dernière décennie.


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